«L’ETA se prépare à frapper»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Le Garde des Sceaux Pascal Clément a déclaré jeudi sur i-télévision que les propos tenus à sa sortie de prison par le chef d'Iparretarrak (IK) Philippe Bidart pourraient l'amener à "être condamné à revenir en prison pour apologie du crime", sous réserve qu'elle soit établie, selon le ministre.
Le Garde des Sceaux Pascal Clément a déclaré jeudi sur i-télévision que les propos tenus à sa sortie de prison par le chef d'Iparretarrak (IK) Philippe Bidart pourraient l'amener à "être condamné à revenir en prison pour apologie du crime", sous réserve qu'elle soit établie, selon le ministre. — Alain Julien AFP

Jean Chalvidant, spécialiste de l’organisation et de l’Espagne, explique à quoi il faut s’attendre avec l’ETA, qui renoue avec l’action terroriste. Il est l’auteur de «ETA : l’enquête» (éd. Cheminements) et de «L’Espagne de Franco à Zapatero» (éd. Atlantica).

L’organisation séparatiste basque ETA a récemment séquestré une famille de touristes espagnols pour lui dérober sa camionnette. Est-ce une nouvelle méthode?
Non, les membres de l’ETA ont déjà pratiqué ce mode opératoire pour se fournir en logistique. Il est cependant moins répandu car il nécessite une plus grande organisation et les risques sont plus importants: ils peuvent notamment être identifiés par leurs otages, d’où le port de cagoule, ou, une fois arrêtés, les ravisseurs écopent d’une peine plus lourde. Cette affaire nous enseigne une chose : l’ETA cherche de nouveaux moyens pour passer inaperçue. En enlevant les conducteurs avec leur véhicule, les etarras les empêchent de le signaler volé trop rapidement. Ils disposent ainsi de temps pour mener leur action.

Justement, une nouvelle phase d’action est-elle à craindre ?
Oui, il y a aujourd’hui une reprise de l’activité terroriste. L’ETA se prépare à frapper. Plusieurs attentats ont d’ailleurs visé l’Espagne ces dernières semaines.

De nombreux membres ont pourtant été arrêtés, cet été. L’organisation n’est-elle pas affaiblie ?
L’ETA compte entre 250 et 300 membres. Les 23 personnes arrêtées cet été étaient essentiellement des petites mains, les responsables sont donc toujours actifs. Il faut aussi savoir qu’une personne arrêtée est remplacée dans la demi-heure par d’autres militants. L’ETA se renouvelle donc sans cesse et peut compter sur un réservoir de jeunes motivés. La Garde Civile et les services de police ont déjà redoublé d’attention: depuis un mois et demi, plusieurs bombes auraient éclaté si les plans de l'ETA n’avaient été déjoués.

Comment est organisée l’ETA ?
Selon trois appareils. L’appareil militaire - à la tête duquel officie un homme qui se fait appeler Cherokee - rassemble les hommes de terrains, ceux qui sont chargés de mener les attentats. Ce sont donc les plus dangereux. Ils opèrent par petits groupes de commandos, composé de deux à trois personnes. On sait qu’il y en a à Madrid, en Catalogne et à Valence. Ils se font passer pour des touristes ou des hommes d’affaires afin de se rendre sans encombre sur leur zone d’action. L’organisation, qui n’a jamais attaqué la France, se concentre sur le territoire espagnol.

L’appareil politique a pour but d’analyser la situation du pays et d’envoyer les communiqués et les revendications. Il assure également le lien entre les militants de France et d’Espagne.

Enfin, l’appareil logistique est chargé du matériel : à lui de trouver des armes, des explosifs et des moyens de transport.
Et dès qu’un responsable tombe, son bras droit prend sa place.

L’ETA a la réputation de prévenir les autorités avant de faire exploser ses charges. Est-elle une organisation meurtrière ?
Oui, en cinquante ans de lutte, l’ETA a tué 850 personnes. Il faut bien comprendre qu’il s’agit là d’une organisation terroriste et dangereuse. Elle ne passe pas toujours un coup de fil avant un attentat et la vie humaine n’a pas d’importance pour elle. Et quand on charge une voiture de 150 kg d’explosifs, ce n’est pas pour jouer aux dominos.

L’ETA a suspendu sa trêve le 5 juin dernier. L’Espagne est-elle repartie pour plusieurs années de face-à-face ?
L’ETA est l’épine dans le pieds de tous les gouvernements espagnols qui se sont succédés depuis cinquante ans, de Franco à Zapatero. La dernière trêve a été une superbe occasion perdue. L’ETA a tendu la main pendant un an et demi, cela laissait le temps au gouvernement espagnol de rencontrer les responsables etarras et d’ouvrir des négociations.