« La Belgique est en crise, mais n'implose pas »

Propos recueillis par A. Le Goff - ©2007 20 minutes

— 

Jeudi dernier, le chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, en tête des élections du 10 juin, a jeté l'éponge après avoir tenté, en vain, de former un gouvernement comprenant des francophones et des néerlandophones. Retour sur cette situation de blocage avec Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l'université Libre de Bruxelles.

La crise politique que traverse actuellement le pays est-elle la plus grave de ces dernières années ?

Non, je ne crois pas. En Belgique, la formation des gouvernements est difficile, car ce sont des coalitions de partis francophones et néerlandophones. Cela prend du temps : en 1988, l'établissement du cabinet avait duré cinq mois, idem en 1992-1993. La difficulté supplémentaire aujourd'hui, c'est que les communautés campent sur des positions très différentes. Les néerlandophones souhaitent une réforme de l'Etat vers plus de fédéralisme, ce à quoi les francophones s'opposent.

Cette incapacité à s'entendre sur une position commune n'est-elle pas la manifestation d'une vraie rupture ?

C'est vrai que parmi les éléments de cette crise politique, il y a le fait que plus que jamais, les deux communautés évoluent dans des mondes parallèles. La langue, les médias et les sociétés ne sont pas les mêmes. Malgré tout, il faut être prudent avec cette idée d'une possible implosion de la Belgique. C'est tout de même une vieille démocratie, située au coeur de l'Union européenne, qui est certes très divisée en apparence, mais qui, aussi curieux que cela puisse paraître, repose sur des fondations politiques communes très ancrées.