Affaire Litvinenko: Tempête diplomatique après la mise en cause de Poutine dans le meurtre de l'opposant

ENQUETE La Russie n’a pas tardé à réagir, dénonçant une enquête « politiquement orientée » et manquant de « transparence »…

B.D. avec AFP

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LA dernière photo montrant Alexander Litvinenko vivant, présentée dans le cadre de l'enquête britannique sur sa mort à Londres, le 4 février 2015.
LA dernière photo montrant Alexander Litvinenko vivant, présentée dans le cadre de l'enquête britannique sur sa mort à Londres, le 4 février 2015. — REX/SIPA

« L’opération du FSB a probablement été approuvée par (...) le président Poutine. » Les conclusions du juge britannique Robert Owen dans l’enquête publique sur le meurtre de l’ex-espion du KGB et opposant Alexandre Litvinenko en 2006 provoquent des remous entre Londres et Moscou.

« Je suis sûr que MM. Andreï Lougovoï et Dmitri Kovtoun ont mis le polonium 210 dans la théière le 1er novembre 2006. Je suis sûr qu’ils l’ont fait dans l’intention d’empoisonner M. Litvinenko », écrit le juge Owen. « Le fait que M. Litvinenko ait été empoisonné par du polonium-210 fabriqué dans un réacteur nucléaire suggère que M. Lougovoï et M. Kotvoun agissaient pour le compte d’un Etat plutôt que d’une organisation criminelle », a-t-il ajouté.

« Les preuves établissent clairement la responsabilité de l’Etat russe »

« Les preuves que je présente établissent clairement la responsabilité de l’Etat russe dans la mort de M. Litvinenko », a-t-il insisté. Moscou a aussitôt dénoncé une enquête «politiquement orientée» et manquant de «transparence». Mais le gouvernement britannique a convoqué l'ambassadeur de Russie à Londres, et la ministre de l'Intérieur Theresa May a annoncé le gel des avoirs des deux exécutants présumés, ex-agents du FSB, Andreï Lougovoï, aujourd’hui député d’un parti nationaliste, et l’homme d’affaires Dmitri Kovtoun.

Les conclusions du juge disant «que le meurtre de l'ex-agent du KGB Alexander Litvinenko a été autorisé au plus haut niveau de l'Etat russe sont extrêmement dérangeantes», a réagi le porte-parole du Premier ministre David Cameron. «Ce n'est pas une manière de se comporter, encore moins pour un pays qui est membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU», a-t-il insisté. La police britannique a demandé l'extradition des deux exécutants pour les juger, ce à quoi Moscou s'est toujours refusée.

Les deux suspects avaient pris un thé avec Alexandre Litvinenko, 43 ans, au Millennium Hotel, dans le centre de Londres, le 1er novembre 2006. Le soir même de leur rendez-vous, l'ex-agent s'est senti mal. Il est mort le 23 novembre, après trois semaines d'agonie. Selon le juge, une première dose plus faible de polonium lui aurait déjà été administrée plus tôt, le 16 octobre, avant la dose fatale du 1er novembre.

Démentis

Le Kremlin a en effet toujours démenti son implication, et n’a pas tardé à réagir, dénonçant une enquête « politiquement orientée » et manquant de « transparence ». Andreï Lougovoï, l’un des deux accusés du meurtre, a démenti avoir empoisonné Litvinenko et a jugé « absurdes » les accusations de la justice britannique.

« Les accusations contre moi sont absurdes (…) Les résultats de l’enquête démontrent une nouvelle fois la position anti-russe et l’étroitesse d’esprit de Londres », a déclaré à l’agence de presse Interfax Andreï Lougovoï, ajoutant que la Grande-Bretagne n’avait « aucun désir d’établir la véritable raison de la mort de Litvinenko ».

« Sanctions économiques »

« Les événements de 2014 en Ukraine, l’hystérie antirusse qui a suivi et la réouverture de l’enquête (…) me semblent être une tentative pathétique de Londres pour satisfaire ses ambitions politiques », a-t-il encore déclaré en dénonçant « le mythe de l’impartialité de la justice britannique ».

Marina Litvinenko, la veuve, s'est déclarée «très satisfaite» que les mots dictés par son mari sur son lit de mort, accusant Vladimir Poutine, aient été validés devant un tribunal britannique. Elle a cependant appelé Londres à imposer « des sanctions économiques » à la Russie et à interdire d’entrée sur son territoire le président Poutine et les agents incriminés. Mais Londres doit aussi ménager un pays clef, engagé dans les négociations sur le conflit en Syrie, notent les observateurs.