Agressions sexuelles à Cologne: Quelles conséquences sur la société allemande?

SOCIÉTÉ Tolérante à l’égard des réfugiés, la population allemande a vécu les événements du réveillon comme un véritable choc…

Hélène Sergent
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Un homme tient une pancarte "pas de violence contre les femmes" lors d'une manifestation devant la cathédrale de Cologne le 9 janvier 2015
Un homme tient une pancarte "pas de violence contre les femmes" lors d'une manifestation devant la cathédrale de Cologne le 9 janvier 2015 — Roberto Pfeil AFP

Jamais, depuis le début de la crise des réfugiés, l’Allemagne n’avait été confrontée à un tel scandale. Les centaines de plaintes pour agressions sexuelles et vols le soir du 31 décembre à Cologne et dans d’autres communes allemandes, suscitent un débat et des tensions sans précédent outre-Rhin.

Les populistes s’implantent dans la durée

La nationalité des suspects, majoritairement algériens ou marocains selon les autorités, renforcent l’argumentaire des partis d’extrême-droite, pourtant minoritaires au sein de la société allemande.

« Le mouvement Pegida, qui s’inquiétait déjà d’une présence soi-disant trop importante de réfugiés en Allemagne, utilise les agressions de Cologne comme preuve de la justesse de ses propos. Cette frange protestataire, à droite de la droite, que l’on croyait momentanée pourrait désormais s’inscrire dans le paysage politique », analyse Hélène Miard-Delacroix, professeur à l’université de la Sorbonne à Paris et spécialiste de l’Allemagne contemporaine.

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Une tradition d’accueil historique

Si cette exploitation des faits par les mouvements xénophobes s’est accentuée, l’impact du scandale reste toutefois limité sur l’opinion publique à l’égard des réfugiés.

La politique d’accueil menée par Angela Merkel et jugée généreuse à l’aune de celles engagées par ses partenaires européens a peu de chance d’être stoppée à cause des agressions de Cologne. La Chancelière a certes plaidé auprès de son homologue algérien pour que les ressortissants algériens déboutés du droit d’asile en Allemagne puissent être renvoyés plus rapidement qu’aujourd’hui dans leur pays, mais aucune directive n’a été transmise aux autorités afin de renvoyer les réfugiés en dehors des frontières germaniques.

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Malgré les démonstrations de force et la résurgence des discours extrémistes, les Allemands tiennent aux valeurs de solidarité et d’accueil en matière d’immigration. René Lasserre, directeur du Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine, rappelle d’ailleurs que la population a appuyé la politique d’Angela Merkel en la matière : « Cela s’inscrit dans une tradition de tolérance et d’ouverture à l’égard des réfugiés, les Allemands ayant été eux-mêmes amenés à migrer à plusieurs reprises, notamment les Allemands de l’Est lorsque le pays était encore sous le joug communiste ».

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Pour autant, la population n’a pas fait preuve d’un « angélisme » à toute épreuve, comme ont pu le suggérer certains conservateurs. Depuis l’accélération des flux de réfugiés arrivés en Allemagne, la société civile a formulé à diverses reprises des inquiétudes d’ordre logistiques et économiques.

« Dans les sections locales des partis, les gens grognent. Certaines communes sont débordées, il y un problème de gestion en matière d’accueil, de suivi et de logistique. Les inquiétudes des Allemands sont surtout d’ordre économiques, ils se demandent simplement comment l’Etat et les régions vont faire pour gérer cet afflux », indique Hélène Miard-Delacroix.

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Les violences sexuelles ne s’importent pas

Si les agressions de Cologne ont suscité un tel émoi, cela s’explique également par la nature même de ces violences. « La société allemande est bien plus égalitariste que la société française par exemple. Le sexisme, sous toutes ses formes, et les agressions sexuelles, sont extrêmement mal perçus », ajoute René Lasserre.

Les Allemandes étaient-elles pour autant à l’abri des violences sexuelles avant l’arrivée massive des réfugiés ? Evidemment non, tiennent à rappeler les défenseurs des droits des femmes. Interrogée par le Spiegel, la militante Anne Wizorek s’insurge contre une frange de la société qui semble découvrir les violences sexuelles et établir un lien entre la « culture du viol » et l’origine des suspects.

Chaque année pendant l’Oktoberfest [Fête de la bière organisée chaque année à Munich], on dénombre plusieurs cas d’agressions sexuelles et de viols. Dix seraient rapportés à chaque édition. Un chiffre minoré puisque près de 200 viols ne feraient l’objet d’aucune plainte. « Près de 60 % des Allemandes déclareraient avoir déjà été harcelées sexuellement selon une étude publiée en 2004. 60 % ! Et il est impossible que ces agressions n’aient été que le fait d’hommes étrangers originaires d’Afrique du Nord », souligne également le Spiegel.