L'Europe s'inquiète des mesures autoritaires prises en Pologne

Union européenne La Commision européenne se réunit ce mercredi pour analyser la situation de l'Etat de droit en Pologne...

Margaret Oheneba

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Le président polonais Andrzej Duda à Kiev le 5 décembre 2015
Le président polonais Andrzej Duda à Kiev le 5 décembre 2015 — GENYA SAVILOV AFP

Assiste-t-on à une dérive autoritaire de la Pologne ? La Commission européenne tente de ramener le gouvernement issu du parti conservateur Droit et Justice (PiS) à la raison. Ce mercredi, l’institution réunit l’ensemble de ses commissaires pour débattre du respect de l’Etat de droit en Pologne. Une première depuis la création de l’Union européenne.

L’UE ne s’était alarmée ainsi que pour deux autres pays depuis sa création. A partir de 1999, avec l’arrivée au pouvoir en Autriche de la formation nationaliste de Jörg Haider et pour la politique menée par le président Viktor Orban en Hongrie. Pour Ewa Bogalska-Martin, sociologue et professeure à l’Université Grenoble-Alpes, « l’Europe s’inquiète parce qu’elle n’a pas réussi à se positionner face au cas hongrois ». En effet, Viktor Orban défie depuis plusieurs années l’Europe avec sa politique conservatrice et nationaliste, mais n’a toujours pas subi de sanctions lourdes.

La tentation de concentrer les pouvoirs

La mesure de « surveillance » de la situation à Varsovie est en cela inédite. Pour l’Europe, en stoppant la dérive en Pologne, il s’agit aussi « de couper court à la renaissance de formes autoritaires en Europe ». Car le poids symbolique du pays - avec ses plus de 38 millions d’habitants - est plus important que celui de la Hongrie et ses près de 10 millions d’habitants, ajoute la sociologue.

Deux mesures ont provoqué la mise sous surveillance de la Pologne par l’UE. Depuis le 7 janvier, le ministre du trésor polonais peut nommer et révoquer les dirigeants des médias publics. La ministre de la Culture française Fleur Pellerin a fustigé une législation remettant « profondément en cause » le « socle des valeurs » européennes.

Autre mesure contestée : la réforme du Tribunal constitutionnel a été pensée pour l’empêcher de freiner les promesses faites par le parti aux élections législatives d’octobre 2015. Cinq nouveaux juges y ont également été nommés par le Parlement dominé par le PiS. Quatre chefs des services de renseignement ont aussi été remplacés par la Première ministre Beata Szydlo.

Une situation « dramatique »

L’Europe a à plusieurs reprises mis en garde le président polonais Andrzej Duda, notamment par les voix du vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans et du président du Parlement européen Martin Schulz. Ce dernier a déclaré que « ce qui se passe en Pologne a le caractère d’un coup d’Etat et est dramatique ».

Des hommes politiques allemands se sont également joints aux critiques. En réaction, le ministre polonais des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur d’Allemagne à Varsovie pour dénoncer « des déclarations anti-polonaises ». Une remarque qui s’explique par « le positionnement souverainiste et isolationniste du PiS », selon Ewa Bogalska-Martin.

Eviter le volet répressif de l’article 7

La réunion de mercredi tentera de désamorcer la crise. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déjà annoncé qu’il souhaitait éviter le recours au volet répressif de l’article 7 du traité européen, qui prévoit la possibilité de retirer à un Etat membre les droits de vote de son représentant au sein du Conseil.

En Pologne, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé le 12 décembre avec le slogan : « Pas de Budapest à Varsovie. » Le 9 janvier, ils sont encore descendus dans la rue pour protester contre la censure des médias.