VIDEO. Pourquoi l'Allemagne a réédité «Mein Kampf»

NAZISME Une version commentée du pamphlet d’Hitler, l'un des ouvrages les plus sulfureux de l'Histoire, ressort ce vendredi dans quelques librairies allemandes…

Romain Scotto

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Plusieurs éditions du livre "Mein Kampf"  présentées le 3 décembre 2015 à Munich
Plusieurs éditions du livre "Mein Kampf" présentées le 3 décembre 2015 à Munich — MATTHIAS BALK DPA

Idée après idée, phrase par phrase, mot par mot, ils ont décortiqué et déconstruit le texte d’Adolf Hitler. Les huit historiens allemands en charge de la réédition de Mein Kampf dévoilent vendredi le fruit de leur travail, à Institut d’histoire contemporaine de Munich. Un peu plus de 70 ans après la fin de la seconde Guerre mondiale, c’est donc une version critique et commentée qui a été choisie pour la réédition allemande du livre fondateur du nazisme, dont les droits sont tombés dans le domaine public depuis le début de l’année.

Sur plus de 2.000 pages, et en deux volumes, le texte raciste et antijuif est donc annoté par les spécialistes, afin de dénoncer tout ce qui relève de la propagande hitlérienne. En France, les éditions Fayard ont aussi prévu une édition commentée par des historiens en 2016. « Il y a eu beaucoup de débats en Allemagne sur ce sujet. L’éditer en tant que tel n’aurait pas été possible », témoigne Gisela Rueb responsable de programmation au Goethe Institut.

Facile à trouver sur des forums obscurs

En Allemagne, au moins un argument a pesé pour ressortir ce livre tiré à 12 millions d’exemplaires sous le IIIe Reich. D’une part certains exemplaires restent en circulation, chez des antiquaires malsains, mais aussi sur Internet sur des forums obscurs. Il était aussi judicieux de prendre les devants avant que le texte brut ne soit récupéré par les négationnistes et groupes d’extrême droite.

Malgré les réserves de ceux qui ne veulent aucune publicité d’un tel texte, cette réédition de Mein Kampf s’apparente à un support pédagogique, dans un pays où le nazisme n’est plus tabou. « Les Allemands en parlent beaucoup, poursuit Gisela Rueb. Si vous lisez le Spiegel (un hebdo populaire), il y a souvent des articles sur le nazisme. A l’école c’est extrêmement traité. Ce n’était pas le cas jusque dans les années 70. Ce n’est plus du tout un tabou. »

Pour le président de l’association des enseignants allemands, Josef Kraus, l’utilisation au lycée de l’édition commentée doit aider les adolescents dans le cadre d’un travail de Mémoire. « Un traitement professionnel d’extraits du texte, en classe, peut contribuer de façon importante à l’immunisation des adolescents contre l’extrémisme politique », indique-t-il, tout en jugeant l’étude du livre réservée aux élèves « de second cycle », à partir de 16 ou 17 ans.

Dans les faits, peu de gens sont susceptibles d’acheter cette réédition puisque seuls 3.000 à 4.000 exemplaires seront imprimés dans un premier temps. Au prix de 60 euros l’unité. Par ailleurs, depuis le début de l’année, les autorités allemandes veulent poursuivre en justice ceux qui chercheraient à éditer le brûlot tel quel, pour « incitation à la haine raciale ».