Bombe H: L'essai nucléaire nord-coréen en cinq questions

GÉOPOLITIQUE Le régime affirme avoir réussi avec succès l'explosion d'une bombe H...

Thibaut Le Gal

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Kim Jong-un devant ses troupes.
Kim Jong-un devant ses troupes. — KNS / KCNA / AFP

Un cadeau explosif. A deux jours de son 33e anniversaire, le dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-Un se serait offert son premier test de bombe à hydrogène. L’annonce ce mercredi de l’essai nucléaire a entraîné le scepticisme des experts et été dénoncé par les capitales de nombreux pays. 20 Minutes fait le point.

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Pyongyang a-t-il vraiment lancé une bombe à hydrogène ?

« Avec le succès parfait de notre bombe H historique, nous rejoignons les rangs des Etats nucléaires avancés », a annoncé la télévision officielle nord-coréenne. Pourtant, les spécialistes de la question en doutent. « Les données sismologiques suggèrent que l’explosion a été considérablement moins forte que celle qu’on attendrait d’un essai de bombe H », a ainsi expliqué le spécialiste Crispin Rovere à l’AFP.

« S’il s’était agi d’une véritable bombe H, le relevé de l’échelle de Richter aurait dû être 100 fois plus élevé, d’une magnitude de l’ordre de 7 [contre 5.1 ici] », assure Bruce Bennett, analyste à la Rand Corporation. L’explosion de mercredi pourrait être celle d’une bombe à fission dopée, souvent considérée comme une étape intermédiaire vers la bombe H.

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Est-ce une surprise ?

« Non. Le régime alterne régulièrement des périodes d’accalmie, où il se dit prêt à engager le dialogue avec ses voisins, et des périodes de provocations avec des essais comme celui-ci. Récemment, des observations laissaient présager que quelque chose se préparait », note à 20 Minutes Françoise Nicolas, directeur du centre Asie à l’Ifri. En septembre, l’Institut pour la science et la sécurité internationale (ISSI) avait mis en garde contre ce qui semblait être une nouvelle « cellule chaude », enceinte destinée au traitement de matières radioactives, en construction.

« On ne savait pas quand cela allait arriver, mais tout le monde s’y attendait. Comme chaque année au mois de janvier, il se passe quelque chose. Les dates comptent symboliquement dans le pays. Les anniversaires des leaders sont en quelque sorte des fêtes nationales », explique à 20 Minutes Pascal Dayez-Burgeon, agrégé d’histoire et ancien diplomate en Corée*.

Quel est le message politique ?

« Il y a d’abord une logique interne : montrer la solidité du régime », relève Françoise Nicolas. « A la mort de son père, Kim Jong-Un était très jeune et n’était pas préparé au pouvoir. Deux scénarios étaient envisagés. Certains estimaient qu’il serait plus ouvert à l’étranger et pourrait réformer le pays, car il avait fait une partie de ses études à l’étranger [en Suisse]. L’autre suggérait que le leader était trop jeune pour tenir les rênes du pays et que les bagarres intestines pourraient faire tomber le régime. Il est finalement dans la ligne de son père avec cette stratégie nucléaire, doublée toutefois d’un développement économique », relève-t-elle.

« Kim Jong-Un n’a pas d’autre légitimité que celle de l’armée. Il doit l’affirmer car c’est un prince héritier dans un régime qui n’est pas une monarchie avérée », poursuit Pascal Dayez-Burgeon. « Comme son père, il utilise la puissance nucléaire pour montrer qu’il est un grand dirigeant et renforcer sa mythologie politique ».

Est-ce un risque pour les pays de la région ?

« C’est une affirmation de force, mais il n’y a pas une volonté d’engager un conflit. Kim Jong-Un un n’est ni fou ni irrationnel. Il veut faire de Pyongyang un partenaire qui compte dans la région », répond Françoise Nicolas. « C’est une arme de souveraineté, qui envoie un message aux puissances voisines : "Négociez avec nous". Pyongyang souhaite depuis longtemps dialoguer de puissance à puissance avec les Etats-Unis et signer un accord de paix. Mais aucun président américain en exercice n’a encore accepté », assure Pascal Dayez-Burgeon.

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Le régime craint-il les sanctions ?

« Non. Les blocages des avoirs bancaires et autres sanctions peuvent affaiblir l’économie mais pas de manière importante car la population est une variable d’ajustement pour le régime, qui ajuste notamment les ressources alimentaires distribuées », précise Pascal Dayez-Burgeon. « Au fond, tout le monde condamne mais beaucoup de pays ont intérêt au maintien du régime. Le Japon préfère deux Corées qu’une puissance régionale réunifiée. La Corée du Nord sert également d’Etat tampon entre la Chine et les troupes américaines postées en Corée du Sud », poursuit-il.

*Auteur de « Les Coréens » aux Editions Tallandier