Essai nucléaire en Corée du Nord: Pourquoi les experts penchent plutôt pour une bombe A

NUCLEAIRE Même si la Corée du Nord annonce avoir réussi son essai nucléaire de bombe H, il est plus plausible qu'il s'agisse d'une bombe A plus classique...

N.Bg. avec AFP
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Un séismologue montre la localisation du séisme ressenti après un essai nucléaire nord-coréen le 6 janvier 2016.
Un séismologue montre la localisation du séisme ressenti après un essai nucléaire nord-coréen le 6 janvier 2016. — SAM YEH / AFP

Tu bluffes, Kim Jong-un. Régime le plus isolé au monde, la Corée du Nord est coutumière des assertions invérifiables sur son programme nucléaire. Ce mercredi, elle en a donné un nouvel exemple en annonçant avoir réussi un essai de bombe H, un engin nucléaire bien plus puissant que les bombes A qu’elle avait déjà déclenchées ces dernières années. Une annonce peu crédible aux yeux des experts.

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Avant l’annonce nord-coréenne, les premiers soupçons sur un nouvel essai de Pyongyang ont émergé de l’enregistrement par des sismologues d’une secousse de magnitude 5,1 tout près du site d’essais nucléaires de Punggye-ri. Mais si l’on a vite soupçonné un nouvel essai nucléaire, l’hypothèse d’un test de bombe H est peu plausible.

Un séisme trop petit pour une bombe H

Et pour cause : « Les données sismologiques suggèrent que l’explosion a été considérablement moins forte que celle qu’on attendrait d’un essai de bombe H », a déclaré le spécialiste de la politique nucléaire Crispin Rovere, basé en Australie. « A première vue, il semblerait qu’ils aient mené un essai nucléaire réussi, mais n’ont pas réussi à mener à bien la deuxième étape, celle de l’explosion d’hydrogène ». « Je ne pense pas que c’était une bombe H car la déflagration aurait été bien plus forte », estime également Choi Kang, vice-président de l’Institut pour les études politiques, basé à Séoul.

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Bruce Bennett, analyste à la Rand Corporation, doute également des affirmations de Pyongyang. « S’il s’était agi d’une véritable bombe H, le relevé de l’échelle de Richter aurait dû être 100 fois plus élevé, d’une magnitude de l’ordre de 7 », a-t-il indiqué à l’AFP. Pour Bruce Bennett, l’explosion de mercredi correspondait à un engin de 10 à 15 kilotonnes, de la taille de celle larguée sur Hiroshima en 1945. S’il s’agissait d’une bombe H, il se peut selon lui que la fusion ait échoué, ou que la fission ne se soit pas correctement produite. Peu après l’annonce de l’explosion, les renseignements sud-coréens (NIS) ont également jugé lors d’un briefing de députés sud-coréens qu’elle ne pouvait être celle d’une bombe à hydrogène.

Un bluff très politique

Mais alors, pourquoi Kim Jong-un a-t-il réalisé un essai dont les experts du monde entier diront qu’il a échoué ? Pour certains experts des questions nord-coréennes, le jeune dictateur est en quête d’un « succès » dont il pourrait se prévaloir en mai, quand le parti unique au pouvoir organisera son premier congrès en trente-cinq ans. « Je pense qu’ils le présentent comme un essai de bombe H parce que Kim Jong-un l’a récemment mentionné », avance Choi Kang.

« Va-t-il désormais se sentir obligé d’en faire un nouveau d’ici au congrès de mai pour prouver au monde les capacités de la Corée du Nord ? », demande Bruce Bennett. Ce n’est pas exclu, d’autant que des indices d’un progrès technologique en ce sens ont été récemment détectés. En septembre, l’Institut pour la science et la sécurité internationale (ISSI) avait mis en garde contre ce qui semblait être une nouvelle « cellule chaude » - enceinte destinée au traitement de matières radioactives - en construction dans le principal complexe nucléaire nord-coréen. Celle-ci pourrait servir à la séparation d’isotopes et à la production de tritium, un des composants clés pour la fabrication de bombes thermonucléaires. Il n’est donc pas impossible que la Corée du Nord arrête un jour de se contenter de bluffer.