Ali le Chimique répond de ses crimes dans le sud irakien

PROCES Le cousin de Saddam Hussein a déjà été condamné à mort pour les massacres de Kurdes dans le nord du pays...

avec AFP

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Un nouveau procès d'une des figures les plus brutales du régime de Saddam Hussein a commencé mardi à Bagdad, avec la comparution d'Ali Hassan al-Majid, accusé d'avoir organisé la sanglante répression d'un soulèvement populaire dans le sud irakien en mars 1991.
Un nouveau procès d'une des figures les plus brutales du régime de Saddam Hussein a commencé mardi à Bagdad, avec la comparution d'Ali Hassan al-Majid, accusé d'avoir organisé la sanglante répression d'un soulèvement populaire dans le sud irakien en mars 1991. — Joseph Eid AFP/Pool/Archives

Un nouveau procès d'une des figures les plus brutales du régime de Saddam Hussein a commencé mardi à Bagdad, avec la comparution d'Ali Hassan al-Majid, accusé d'avoir organisé la sanglante répression d'un soulèvement populaire dans le sud irakien en mars 1991.
    
Cousin de Saddam Hussein, originaire comme lui de la région de Tikrit, il est plus connu sous le surnom d' «Ali le Chimique» pour avoir eu recours à des gaz de combat en 1987 et 1988 contre des villages kurdes, dans le nord irakien. Il a déjà été condamné à mort pour ces épisodes meurtriers.

Deux co-accusés    

Dans la «zone verte» ultra-sécurisée de la capitale, il a comparu mardi avec 14 co-inculpés devant la Haute Cour irakienne, qui juge les anciens responsables du régime baassiste.

Ali Hassan al-Majid, âgé de 66 ans, qui était ministre de l'Intérieur à l'époque des faits, est entré dans la salle d'audience vêtu d'une robe traditionnelle, et d'un foulard bédouin. Il s'appuyait sur une canne.
    
Lorsque le juge Mohammed al-Oreibi al-Khalifah lui a demandé de se présenter, il a répondu : «Je suis le combattant Ali Hassan al-Majid.»
    
Deux autres inculpés, Sultan Hachim al-Tai, qui fut ministre de la Défense, et Hussein Rachid al-Tikriti, ancien chef adjoint des opérations des forces armées, sont également jugés pour leur rôle dans la répression de mars 1991. Tous deux ont aussi été condamnés le 24 juin à la peine capitale pour le massacre de dizaines de milliers de Kurdes, et une commission spéciale doit statuer rapidement sur leurs procédures d'appel.
    
Une mutinerie, transformée en révolte, matée dans le sang

Dans le sud irakien, majoritairement chiite, jusqu'à 100.000 personnes ont été tuées lorsque les troupes d'élites du régime ont maté une rébellion lancée par des militaires irakiens. Ces unités, abandonnées par leurs officiers, ont fui en désordre sous les pilonnages américains et ont tourné leur colère contre leurs officiers et les cadres du parti au pouvoir, le Baas, lorsqu'elles sont arrivés dans les villes du sud comme le grand port de Bassorah. La mutinerie s'est transformée en révolte populaire et a gagné toutes les villes du sud, notamment Najaf et Kerbala, centres religieux chiites.
    
Les troupes d'élite du régime baassiste, comme la Garde républicaine, sont alors intervenues pour mater la rébellion, sans que les dizaines de milliers de soldats de la coalition déployés dans la région n'interviennent. Le président George Bush, qui avait incité les Irakiens à se soulever contre Saddam Hussein dans une allocution le 15 février 1991, avait par la suite insisté sur le fait qu'il n'était pas dans les projets de Washington de se débarrasser du dictateur.
    
90 témoins et des dizaines de dépouilles exhumées

Le procureur, dont le nom ne peut être publié pour des raisons de sécurité, a accusé Ali Hassan al-Majid d'avoir tué de sang froid des insurgés faits prisonniers. «Les hélicoptères bombardaient les villes et les maisons, et les prisonniers étaient exécutés, a-t-il expliqué. Majid se rendait dans les centres de détention, il attachait les mains des prisonniers et il leur tirait une balle dans la tête avec sa propre arme».
    
Depuis l'invasion du pays en 2003, les experts irakiens et internationaux ont exhumé des dizaines de dépouilles de victimes présumées de cette répression. Leurs rapports, pièces maîtresses du dossier, devraient avoir valeur de preuves au cours de ce procès. Environ 90 victimes et témoins seront entendus à la barre.