Législatives en Espagne: Le grand saut vers l'inconnu

ELECTIONS Les nouveaux partis Ciudadanos et Podemos pourraient mettre fin au bipartisme, qui dure dans le royaume depuis 1981...

B.D. avec AFP

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Le chef du gouvernement espagnol et leader du parti populaire (PP, conservateur), Mariano Rajoy, vote lors des élections législatives à Madrid, le 20 décembre 2015.
Le chef du gouvernement espagnol et leader du parti populaire (PP, conservateur), Mariano Rajoy, vote lors des élections législatives à Madrid, le 20 décembre 2015. — Daniel Ochoa de Olza/AP/SIPA

Les Espagnols ont commencé à voter ce dimanche pour des élections législatives représentant un grand saut vers l’inconnu, marquées par l’érosion de la droite au pouvoir et l’arrivée des nouveaux partis Ciudadanos et Podemos, réclamant davantage de démocratie.

« Ya hemos ganado » (« On a déjà gagné »), aiment dire les partisans de Podemos (gauche radicale) et de Ciudadanos (libéral). Tous en sont sûrs. Au lendemain du scrutin qui s’est ouvert dimanche à 9h et s’étend jusqu’à 20h, les formations traditionnelles devront écouter leur exigence de régénération démocratique, de transparence et d’honnêteté après des années de crise et de scandales de corruption.

Quatre partis susceptibles d’obtenir plus de 15 % des voix

« Les Espagnols définissent aujourd’hui à quoi ressemble la nouvelle ère politique », titre El Pais (centre gauche), le quotidien le plus lu du pays. El Mundo, en pages intérieures, souligne la présence sans précédent depuis 1977 de quatre partis susceptibles d’obtenir plus de 15 % des voix.

Selon les sondages, le Parti populaire (PP, droite) du chef de gouvernement sortant Mariano Rajoy, largement majoritaire en 2011 avec 45 % des voix (186 députés sur 350), n’aurait que quelques points d’avance sur les trois autres mais sans dépasser les 30 %. Avec un Parlement morcelé, le vainqueur aura du mal à former un gouvernement. Loin derrière, le Parti socialiste (PSOE) n’est pas sûr de garder sa deuxième place, peinant à dépasser les 20 %.

Après avoir étouffé une tentative de coup d’Etat en 1981, le royaume d’Espagne, a vu les deux partis alternaient jusque-là au pouvoir, relativement cordialement. Mais l’explosion de la bulle immobilière, les politiques d’austérité, un chômage qui s’envolait (jusqu’à 27 % début 2013) et les scandales de corruption touchant l’ensemble de l’establishment, y compris une fille de l’ancien roi Juan Carlos, ont représenté un cocktail explosif.

« No nos representan »

« No nos representan ». « Ils ne nous représentent pas », ont crié dans la rue les manifestants « indignés » par leur classe politique, dès 2011. Depuis, le chômage a reflué, mais concerne encore un actif sur cinq. La croissance aussi a repris, mais elle n’est pas ressentie par tous, notamment chez les jeunes, alors qu’encore la moitié des 16-24 ans sont sans travail. Mais la colère des centaines de milliers de manifestants des années 2011 et 2012 a trouvé une expression politique : le nouveau parti anti-austérité Podemos.

Fondé début 2014, son ascension rapide a prouvé qu’il y avait de la place pour d’autres couleurs politiques : le violet de Podemos. Puis, un peu plus tard l’orange de Ciudadanos, dirigé depuis 2006 par un autre trentenaire, l’avocat Albert Rivera, et axé sur la lutte contre la corruption et la défense de l’unité de l’Espagne face aux tentations indépendantistes de la Catalogne. Les deux partis, qui ont déjà émergé lors des régionales et municipales de mai, talonnent le PSOE dans les sondages.

Pour contrer ces partis émergents, Mariano Rajoy, 60 ans, se concentre sur les 11 millions d’électeurs les plus âgés, ayant plus de 60 ans et plaide la poursuite d’une gestion saine des finances publiques garantissant les retraites, en prévenant que les électeurs commettraient une « énorme erreur » s’ils choisissaient les « expérimentations ». Des résultats sont attendus vers 22h30.