«Brexit»: Comment Cameron compte faire plier l’Union européenne

REFERENDUM Poussé par les eurosceptiques, le Premier ministre britannique joue son va-tout ce jeudi à Bruxelles…

W.M.

— 

Le Premier ministre britannique David Cameron à Bruxelles le 29 novembre 2015
Le Premier ministre britannique David Cameron à Bruxelles le 29 novembre 2015 — THIERRY CHARLIER AFP

Un dîner de travail consacré au « Brexit ». David Cameron ne pouvait espérer mieux. Les 27 chefs d’Etats et de gouvernement de l’Union européenne vont tenter de sortir le Premier ministre britannique de la crise dans laquelle il se trouve. Le dîner d’entre-sommet de ce jeudi soir à Bruxelles, le dernier de l’année, sera consacré au risque de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Un défi qui menace, en pleine crise migratoire et terroriste, l’unité de l’organisation politico-économique.

>> A lire aussi : David Cameron pose ses conditions pour rester dans l’Union européenne

C’est quoi le problème ?

Pour faire simple, les électeurs britanniques sont appelés à se prononcer pour le maintien ou non de leur pays dans l’Union européenne. Le référendum ne devrait pas avoir lieu avant l’été. Mais déjà, le « out » séduit près d’un électeur sur deux, la crise des migrants et les attentats de Paris ayant accéléré le processus. Du coup, David Cameron attend un « signal » fort de l’Union européenne pour pouvoir contrer la vague eurosceptique qui sévit en Grande-Bretagne. En clair, il ne peut pas rentrer bredouille à Londres après ce dîner.

Que demande concrètement David Cameron ?

Il lui faut impérativement montrer à son propre camp et ses partenaires qu’il a du poids à Bruxelles et qu’il peut faire pencher la balance. Il demande plusieurs réformes à l’Union européenne : de nouvelles garanties de souveraineté économique mais aussi politique ou encore la libre concurrence sur tous les biens au sein des Etats membres. La proposition la plus sensible est l’autorisation de supprimer le versement des aides sociales pendant les quatre premières années du séjour au Royaume-Uni des étrangers intra-européens. Ce qui va à l’encontre de règles fondamentales de l’Union concernant la libre circulation des travailleurs et la non-discrimination entre ses ressortissants.

>> A lire aussi : Risques d’une sortie de l’UE après la défaite de Cameron

L’Europe veut-elle garder le Royaume-Uni ?

« Il y a un consensus général pour un maintien du Royaume-Uni dans l’UE et pour essayer d’aider David Cameron à se prévaloir d’une issue positive dans la négociation, avant le référendum britannique », a expliqué auprès de l’AFP le politologue Thierry Chopin, directeur des études de la fondation Robert Schuman. L’Allemagne est très clairement pour le maintien. La France surtout. Car « le Royaume-Uni a toujours représenté un contrepoids utile à l’Allemagne », poursuit l’expert. Attention à ne pas aller trop loin toutefois. Jeudi matin, Donald Tusk, le président du Conseil européen, a jugé que certaines demande de Cameron « semblent inacceptables ».

Quelles réponses peut apporter l’Europe ?

Les mesures demandées par Cameron exigeraient une réécriture des traités constitutifs de l’Union Européenne. Ce qui n’est pas envisageable pour les 27 autres pays. Mais la menace du référendum va pousser la France et l’Allemagne à trouver une issue politique satisfaisante pour David Cameron, acculé par ses propres partenaires favorables à un Brexit. L’Europe va tenter d’éviter le divorce en apportant à la marge des garanties juridiques. Mais Bruxelles, qui considère que c’est à Londres de trouver elle-même les solutions, ne réécrira pas les textes. De son côté, Cameron semble certain de sa position. « Jusqu’à maintenant, nous n’avons entendu aucune contre-proposition. […] Mais nous avons très clairement signifié que si certains avaient d’autres idées efficaces sur ce dossier […], nous sommes absolument prêts à les écouter, et nous sommes prêts à dialoguer avec eux », a assuré lundi le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond. Autrement dit, pour les Anglais, la balle est dans le camp de l’UE. Attention au retour de service.