«Si Israël repart en guerre au Liban, ce sera une guerre ouverte»

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, à Beyrouth le 14 août 2007.
Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, à Beyrouth le 14 août 2007. — David Hury

Ils sont venus de la banlieue sud de Beyrouth comme du Sud-Liban. A 18h, les boulevards convergeant vers Dahiyeh –le quartier rasé par l’aviation israélienne en juillet 2006 en plein Beyrouth– se remplissent de partisans du Hezbollah, venus par bus ou à pied, en famille.

Les drapeaux jaunes du parti de Dieu et les pin’s à l’effigie de Hassan Nasrallah version Andy Warhol se vendent comme des petits pains. Le Hezbollah, lui, est partout. Le service de sécurité est strict et canalise les sympathisants vers la place principale du quartier.

Il y a un an jour pour jour, cessait la guerre avec Israël et la nuit tombe sur Beyrouth. Dahiyeh est noire de monde. Pour chauffer une foule en délire, trois écrans géants diffusent des spots à la gloire du Hezbollah, de ses martyrs et du Liban. Des murs d’enceintes crachent des chants saturés que le public reprend en chœur, avant de scander «Abou Hadi, Abou Hadi!», le surnom de Nasrallah, leur champion qu’ils attendent, en transe.

«Prêts à mourir sous leurs oliviers»

Soudain, vers 21h, le visage d’Hassan Nasrallah apparaît sur les 3 écrans. La foule exulte puis s’assoit sagement pour écouter le long monologue du «Sayyed». Par son discours, Nasrallah prétend clairement à une stature régionale. Il s’adresse dans un premier temps au monde arabe, détaillant –extraits de Théodore Herzl à l’appui– un plan «de démantèlement de la région en vue de la création d’un nouveau Moyen-Orient dans lequel Israël aurait une place centrale». Il s’adresse ensuite aux Libanais, réaffirmant que cette victoire n’était pas celle du Hezbollah, mais de tout le Liban et du monde arabe et islamique. Le leader du parti de Dieu évoque les tensions politiques internes en les qualifiant de «tentatives américano-sionistes de fomenter une guerre civile et confessionnelle». «Aujourd’hui, où en sont les chrétiens en Irak? Où en sont les chiites et les sunnites en Irak où les Etats-Unis sont venus apporter leur version du droit? », harangue-t-il.

Puis Nasrallah fait une parenthèse financière, ce à quoi il avoue ne pas être habitué, afin de détailler les indemnités versées par son parti aux victimes de la guerre, soit près de 310 millions de dollars. Il enchaîne en rendant un vibrant hommage aux habitants du Sud-Liban et aux militants du Hezbollah pour leur courage, rappelant qu’ils étaient «revenus par centaines de milliers le jour même de la cessation des hostilités. Les habitants du Sud sont prêts à mourir sous leurs oliviers, car ici, c’est leur terre, leur maison, leur pays.»

«Nous aussi nous avons appris»

En guise de conclusion, le secrétaire général du Hezbollah adresse un avertissement virulent à Israël: «Je le dis et le répète, nous ne voulons pas d’une nouvelle guerre. Mais si Israël attaque de nouveau le Liban, je le préviens que nous aussi nous avons retenu les leçons de la guerre de Juillet, nous aussi nous avons appris. Et si Israël repart en guerre au Liban, ce sera une guerre ouverte.»

Pour la première fois, le secrétaire général du Hezbollah a assuré l’armée libanaise de son soutien clair et net, se disant prêt à combattre à ses côtés et prévenant Israël qu’en cas de nouvelle guerre, il devrait affronter «le Hezbollah, l’armée libanaise et tous les Libanais côte à côte». Résultat auprès du public: un changement de ton perceptible, et un succès assuré pour Hassan Nasrallah pour le 1er anniversaire de sa «victoire divine».