«La mousson, un mal nécessaire pour le sous-continent indien»

Propos recueillis par Mohamed Najmi

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La mousson en Asie du sud-est, août 2007.
La mousson en Asie du sud-est, août 2007. — Reuters

La mousson est un phénomène climatique récurrent. Pendant 3 à 4 mois, chaque année, inondations, destructions d’habitations et épidémies deviennent le lot des populations du sous-continent indien. Cette année, de l’Inde au Népal en passant par le Bangladesh, les pluies diluviennes sont violentes et ont causé la mort de 2.500 personnes. Un bilan provisoire. Jean-François Royer, chercheur à Météo France, dévoile les raisons de l’intensité de la mousson 2007 et explique l’importance de ce phénomène…


Quel est le mécanisme de la mousson?
La mousson est liée aux mouvements des masses d’air. Elle a lieu quand les masses d’air situées sur le continent sont chaudes et que celles positionnées sur l’océan sont froides et humides. Il faut savoir que les températures sont toujours plus élevées sur le continent et montent beaucoup plus vite que celles de l’océan. Quand il fait très chaud, l’air chaud continental monte en altitude et par effet d’aspiration, les masses d’air océanique viennent prendre la place. La différence de température entre le sol et l’air océanique fait le reste. D’où les pluies importantes.


Pourquoi les masses d’air ne s’évacuent-elles pas vers le nord ? A cause de l’Himalaya?
La chaîne de montagne retient en effet les masses d’airs humides qui viennent de l’Océan Indien. Elle les piège et les empêche d’aller plus loin, au nord. Ce qui explique les masses d’eau très importante qui viennent se déverser sur ces régions. D’ailleurs cela ne touche pas que l’Asie. Les pays de l’Afrique de l’ouest, essentiellement les zones tropicales, sont soumis au même processus climatique.

L’Inde, le Bangladesh et le Népal, sont habitués aux phénomènes. Pourtant les pluies de la mousson continuent à faire des dégâts. Ne peut-on pas prévoir et prévenir?
Le début de la mousson est un événement très difficile à prévoir. Et en plus, les pluies sont variables entre deux années. Cette année, les températures au printemps étaient très élevées dans la région mais cela ne suffisait pas pour prévoir des pluies diluviennes puisque le phénomène de la mousson dépend des températures continentales à l’instant « T ». Aussi, il faut reconnaître que l’Inde a mis en place un système de surveillance de la mousson. Mais cela n’est pas toujours suffisant. En France, par exemple, vous avez beau prévoir une tempête, cela n’empêche pas les dégâts…

Les météorologues disent qu’il s’agit de la mousson la plus importante depuis 10 ans. Est ce un effet du réchauffement climatique?
La mousson est un phénomène impliquant plusieurs paramètres et on ne peut pas dire que la hausse des températures est entièrement responsable. Mais c’est vrai que l’effet de serre participe comme un des nombreux paramètres.

La mousson peut-elle être un phénomène bénéfique?
Oui. Heureusement qu’elle existe car la région (Ndlr: Inde, Népal et Bangladesh) serait victime de graves sécheresses. La mousson d’une intensité normale permet de remettre à niveau les nappes phréatiques. Et, quand elle n’est pas destructrice, la mousson arrose les cultures. Globalement, l’agriculture de ces pays dépend de la mousson.