Abou Salah, le «trésorier» de Daesh en Irak, «a sûrement déjà été remplacé»

ARMÉES Le Pentagone a annoncé jeudi avoir fait tomber une nouvelle tête de l’Etat islamique : Abou Salah, le ministre des finances de l’organisation en Irak…

Laure Cometti

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Des militants de l'Etat islamique brandissent le drapeau de l'organisation à Fallujah, en Irak, le 28 juin 2015.
Des militants de l'Etat islamique brandissent le drapeau de l'organisation à Fallujah, en Irak, le 28 juin 2015. — AP/SIPA

Frapper l’Etat islamique au portefeuille. C’est l’un des axes de la coalition arabo-occidentale anti-Daesh menée par les Etats-Unis qui tente de cibler les ressources pétrolières et les « têtes » de la direction financière du califat autoproclamé. Le Pentagone a annoncé jeudi que le « ministre des Finances » des provinces irakiennes de l’organisation terroriste avait été tué fin novembre dans des frappes aériennes.

Le percepteur général des impôts de l’EI en Irak

De cet homme, Abou Salah (Muafaq Mustafa Mohammed al-Karmoush de son vrai nom), on sait peu de chose, mais on connaît son rôle au sein du groupe Etat islamique (EI), grâce à des documents sur la hiérarchie du groupe découverts à l’été 2014. Sur l’organigramme de l’EI, Abou Salah est le responsable des finances en Irak. Il est placé au même niveau que d’autres cadres de l’organisation, en dessous du chef politique et religieux de l’organisation Abou Bakr al-Baghdadi.

« Comme d’autres organisations terroristes, l’EI a un responsable des finances, au sein d’un conseil qui comporte d’autres départements ayant chacun une spécialité », souligne Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Cette fonction « est extrêmement importante » car elle assure des entrées et sorties d’argent.

L’EI contrôle moins de champs pétroliers irakiens que syriens. Dans ses territoires en Irak, le rôle du responsable financier est donc principalement d’assurer la perception des taxes, explique Mathieu Guidère, professeur à l’université de Toulouse II, spécialiste du terrorisme islamiste, qui les énumère : « TVA, taxe foncière, taxe sur les transports, sur l’essence et le gazole, droit d’achalandage ». Des sources de revenus d’autant plus importantes que l’EI contrôle plusieurs villes en Irak, dont Mossoul, souligne Alain Rodier.

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Un ancien cadre d’Al-Qaïda

Selon le colonel Steve Warren, un porte-parole militaire de la coalition à Bagdad, Abou Salah était « l’un des responsables financiers les plus importants et les plus expérimentés » de l’EI. Il était un ancien cadre d’Al-Qaïda, où il était également en charge des questions financières. Un profil courant selon Mathieu Guidère. « La notoriété de l’EI a incité des cadres d’Al-Qaïda à rejoindre l’organisation, surtout au cours de l’année 2015 ».

Le nom d’Abou Salah (et ses nombreux avatars) ainsi que son numéro de passeport figurent en outre sur une liste du Trésor américain recensant les individus dont les avoirs sont bloqués aux Etats-Unis. D’après ce document, Abou Salah est né en1973 et possède la nationalité irakienne.

Extrait d’une liste d’individus dont les avoirs sont bloqués par le Trésor américain.

Abou Salah est déjà remplacé

La mort d’Abou Salah porte-t-elle un véritable coup à l’EI ? Le ministre a « sûrement déjà été remplacé, probablement par son vice-directeur », affirme Mathieu Guidère. La stratégie de « décapitation » (la neutralisation des hauts cadres d’une organisation) n’est pas efficace pour combattre l’EI dont la bureaucratie garantit une certaine stabilité, estime-t-il.

Pour autant, la mort d’Abou Salah, et plus généralement celle d’autres hauts responsables, « permet de déstabiliser un peu l’EI », poursuit Mathieu Guidère. De telles frappes « font peser sur la tête des cadres une menace latente pressante » qui peut « nuire à l’organisation, en gênant les déplacements, les communications ou la coopération logistique », abonde Alain Rodier. « La sécurité des cadres d’Al-Qaïda était un souci prioritaire pour Ben Laden qui avait décrété un lot de mesures contraignantes », illustre-t-il, avant d’ajouter : « mais l’ennemi s’adapte ».