La fusillade en Californie relance le débat sur la menace de Daesh aux Etat-Unis

TERRORISME Sans revendiquer, Daesh a affirmé ce samedi avoir inspiré la fusillade de mercredi à San Bernardino (Californie)...

C.P. avec AFP

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Photo fournie par le shérif du comté de San Bernardino montrant les armes que portaient les suspects de la tuerie perpétrée, le 2 décembre 2015, lors d'un déjeuner de Noël en Californie
Photo fournie par le shérif du comté de San Bernardino montrant les armes que portaient les suspects de la tuerie perpétrée, le 2 décembre 2015, lors d'un déjeuner de Noël en Californie — - San Bernardino County Sheriff

Syed Farook et de Tashfeen Malik sont-ils des « Loups solitaires » ou DES « soldats » du « califat » de Daesh ? Trois jours après la fusillade qui a fait 14 morts et 21 blessés à San Bernardino (Californie), les zones d’ombre autour des liens entre les deux attaquants et Daesh relancent le débat sur l’importance de la menace de l’organisation islamiste aux Etats-Unis.

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Ce samedi, Daesh a affirmé avoir inspiré l’attaque. Sans revendiquer explicitement, le groupe a inclus les deux assaillants parmi les « soldats » de son « califat ». Dans un programme en anglais diffusé par sa station de radio, le groupe djihadiste a fait l’éloge de la tuerie, requalifiée la veille par le FBI en « acte terroriste ».

Mais le flou demeure sur les motivations de Syed Farook et de Tashfeen Malik. « L’enquête a dévoilé des signes de radicalisation de la part des tueurs et l’inspiration potentielle par des organisations terroristes étrangères », a déclaré vendredi le directeur du FBI, James Comey. Il a cependant souligné que rien n’indiquait que ces tueurs « aient fait partie d’un vaste groupe organisé ou d’une cellule ». Une information confirmée ce samedi par la Maison Blanche.

La menace des loups solitaires qui peuvent s’armer facilement

Selon des experts contactés par l’AP, cela ne contredit pas l’hypothèse djihadiste. « Depuis au moins 2010 les stratèges et idéologues du djihad ont inspiré et appelé les musulmans en Occident à faire une des deux choses suivantes : rejoindre un groupe djihadiste combattant à l’étranger ou bien, s’ils demeurent dans un des pays menant supposément une guerre contre l’islam, y perpétrer des attaques en utilisant les armes à leur disposition », rappelle Alexander Meleagrou-Hitchens, du Centre international d’étude de la radicalisation et de la violence politique.

Malgré son rôle central dans le combat contre les réseaux islamistes, notamment au Moyen-Orient, les Etats-Unis considèrent être confrontés sur leur sol à des risques djihadistes inférieurs à ceux d’autres pays européens.

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Après les attentats qui ont endeuillé Paris le 13 novembre, James Comey avait d’ailleurs assuré qu’il n’y avait pas de menace crédible aux Etats-Unis. Il avait souligné que l’attention s’y concentrait davantage sur des loups solitaires passant à l’acte de leur propre chef.

« Aux Etats-Unis, le problème est que ce type de djihadistes peuvent s’armer légalement, et devenir ainsi pratiquement aussi dangereux que des djihadistes surentraînés liés à des groupes à l’étranger », analyse Alexander Meleagrou-Hitchens.

Poussée des apprentis-djihadistes sur le sol américain

Les Etats-Unis ont reconnu en octobre faire face à une poussée « spectaculaire » du nombre d’apprentis-djihadistes sur leur sol, de plus en plus jeunes et comptant de plus en plus de femmes.

Identifier les personnes séduites par les thèses du groupe Daesh véhiculées sur internet est un « défi comparable à chercher des aiguilles dans une botte de foin de la taille du pays », avait expliqué le directeur du FBI.

« Pour moi, le fait que des djihadistes élevés en Amérique mettent la main sur des armes et commettent une telle attaque était juste une question de temps, cela semble une telle évidence et si facile », commente Alexander Meleagrou-Hitchens.

Selon une étude publiée cette semaine par l’université George Washington, 250 Américains ont voyagé ou tenté de voyager en Syrie et en Irak pour y combattre.

Quelque 900 enquêtes visent des sympathisants présumés de l’EI dans les 50 Etats américains et 71 personnes ont été inculpées depuis mars.

Les réseaux sociaux en première ligne

Après les attentats de Paris, le groupe EI avait inondé les réseaux sociaux de messages de propagande saluant les attaques, certains apparemment préparés à l’avance, explique à l’AFP Rita Katz, directrice de SITE, organisation américaine de surveillance des sites islamistes.

Cette semaine toutefois, les forums djihadistes sont restés silencieux après la tuerie en Californie, jusqu’à ce que les informations émergent sur la religion musulmane du couple qui s’était rencontré en Arabie Saoudite, souligne-t-elle. Et d’ajouter : « Désormais ils inondent Twitter ».

Rita Katz précise que des engins explosifs préparés par Farook et Malik ressemblent à des diagrammes détaillés publiés par Al-Qaïda et que leur attaque apparaît avoir suivi des directives d’une publication de l’EI, conseillant à ses partisans de faire allégeance au chef de l’organisation avant de passer à l’action.

Les autorités étudient notamment une page du réseau social Facebook sur laquelle Malik aurait fait acte d’allégeance au groupe EI.