Le Japon se passionne pour le mystère des bateaux fantômes qui s'échouent sur ses côtes

ENIGME Tous les journaux du pays tentent de comprendre ce soudain afflux de navires avec de spersonnes décédées à leur bord...

Julien Sofianos

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Des bateaux nords coréens qui se sont échoués sur les côtes japonaises, sont sortis de l'eau par une grue, le 21 novembre 2015.
Des bateaux nords coréens qui se sont échoués sur les côtes japonaises, sont sortis de l'eau par une grue, le 21 novembre 2015. — JIJI PRESS / AFP

Le phénomène des navires fantômes nord coréens qui arrivent sur les rivages japonais intrigue tout un pays. Quand les journalistes japonais partent en nombre en reportage sur les côtes où les bateaux s’échouent, les internautes du pays du soleil levant échafaudent des théories quant à l’origine des navires. Le Japon tente de percer le mystère des coquilles de noix pleines de squelettes qui s’abîment en nombre sur son rivage ces derniers temps.

Ce n’est pas la première fois que les gardes-côtes font de telles découvertes. Ces cinq dernières années, plus de 250 incidents impliquant au moins un bateau ont été recensés. Cependant la récente concentration des cas sur une aussi courte période est pour le moins inhabituelle.

Pêcheurs ou réfugiés ?

Certains internautes voient dans ces morts des gens ayant tenté d’échapper au sévère régime communiste de Corée du Nord, une hypothèse néanmoins peu probable car la grande majorité des réfugiés s’échappent par la Chine et rejoignent ensuite la Corée du Sud. Les évasions par la mer sont très rares.

Les experts penchent donc plutôt pour la piste de pêcheurs égarés alors que le pays reclus, qui souffre de malnutrition, tente d’étendre cette activité économique pour renforcer sa sécurité alimentaire. « Le pays a souffert de graves pénuries alimentaires, et Kim Jong-Un a ordonné l’an dernier de capturer plus de poisson pour résoudre le problème », explique Toshimitsu Shigemura, un professeur spécialiste de la Corée du Nord à l’université de Waseda à Tokyo. Un avis corroboré à Séoul par Yang Moo-Jin, de l’université des Etudes nord-coréennes.

« Presque tous les pêcheurs nord-coréens appartiennent à des organisations gouvernementales ou militaires, qui les poussent à partir en quête de prises plus importantes dans des eaux toujours plus éloignées des côtes », a-t-il dit. « Mais leurs bateaux sont vieux et mal équipés, donc en cas de problème, mécanique ou autre, en haute mer, ils sont extrêmement vulnérables, sans possibilité d’appeler à l’aide », poursuit-il. « Dans ces circonstances, ils peuvent se retrouver très vite à court de carburant et de vivres », condamnés à une mort certaine.

Depuis le mois d’octobre, les garde-côtes ont repéré au moins 14 épaves en mer du Japon (appelée mer de l’Est par les Coréens), avec à leur bord plus d’une vingtaine de cadavres en décomposition.