Menace d'attentats: Pourquoi l'appel au silence des médias par la police belge a-t-il fonctionné?

MEDIAS Les journalistes belges ont accepté de ne diffuser leurs informations qu'après coup...  

Delphine Bancaud

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Un quartier de Bruxelles (Belgique) bouclé par la police le dimanche 22 novembre 2015.
Un quartier de Bruxelles (Belgique) bouclé par la police le dimanche 22 novembre 2015. — LAURIE DIEFFEMBACQ / BELGA / AFP

C’était une grande première et elle a fonctionné. Dimanche soir, la police fédérale belge a demandé sur Twitter aux médias et au grand public de ne pas diffuser d’informations sur les opérations de police en cours à Bruxelles, la capitale belge étant sous la menace d’attentat.

 

Un appel à la vigilance qui a été respecté. Certains d’eux ont continué à couvrir l’actualité en restant flou sur le dispositif policier. D’autres ont cessé de la suivre, en diffusant par exemple de la musique. « Les médias belges ont joué le jeu, car ils savent que ce qui peut être vu, lu ou entendu leurs lecteurs, leurs téléspectateurs ou leurs auditeurs peut l’être aussi par des terroristes », explique Virginie Spies, sémiologue et maître de conférences à l’université d’Avignon.

Ne pas mettre des vies en danger

Un avis partagé par Dorian de Meeûs, rédacteur en chef de lalibre.be : « On nous a demandé de ne pas donner en direct de noms de lieux précis et de ne pas diffuser de photos des endroits où la police intervenait. On a suivi les consignes pour ne pas mettre en danger la vie des enquêteurs et des policiers et pour ne pas compliquer leur travail », témoigne-t-il. Une première selon ce journaliste, qui se souvient juste d’une telle demande de « silence radio », il y a 15 ans lorsque les médias avaient été « invités » à ne pas dévoiler immédiatement qu’un cocktail Molotov avait été lancé sur une ambassade. « Ce type de demande des autorités ne peut être qu’exceptionnel et se justifier par une situation de menace extrême », estime-t-il.

La mémoire des dérives après les attentats de janvier en France

Si les médias belges se sont montrés particulièrement responsables dimanche soir, « c’est aussi parce qu’ils ont retenu la leçon de ce qui s’était passé lors des attentats de janvier 2015 en France », explique aussi Dorian de Meeûs. Les chaînes BFM TV, Canal +, Euronews, France 2, France 24, LCI et TF1, avaient alors donné trop d’informations sur les opérations en cours, alors que les terroristes étaient encore retranchés à Dammartin-en-Goële et à l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Ce qui aurait pu mettre en péril la sécurité des otages et celle des forces de l’ordre. « Il y a eu un avant et un après pour les médias belges qui ont à nouveau pris conscience des risques de commenter en direct des événements aussi graves », souligne Dorian de Meeûs.

« Les médias se savent désormais scrutés par les citoyens qui n’hésitent pas à commenter leurs débordements sur les réseaux sociaux. D’où leur plus grande vigilance », renchérit Virginie Spies. Et en respectant la consigne de silence des autorités, les journalistes semblent avoir donné l’exemple aux citoyens, qui se sont également conformés à leur demande dimanche sur les réseaux sociaux, en diffusant des images de chatons sur Twitter. Certains y ont cependant vu une vraie censure des médias. « Mais ce n’est pas parce que l’on ne donne pas les informations en temps réel que l’on ne fait plus notre métier de journalistes. C’est juste le moment de les diffuser qui change », se défend Dorian de Meeûs.

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Les médias français seraient-ils aussi vigilants ?

Cet appel au silence pourrait-il être respecté par les journalistes français, si la police le demandait ? « Sûrement, d’ailleurs lors de l’assaut du Bataclan, les chaînes n’ont pas montré d’images, comme le leur avaient demandé les autorités », souligne Dorian de Meeûs. « Je pense aussi que cet appel à la vigilance des médias serait respecté s’il était lancé en France. Car les Français ont compris que le pays était en état de guerre. Et que dans ce contexte, la transparence absolue sur des faits au moment où ils se déroulent, n’est plus possible. La tyrannie du temps réel ne peut plus être de mise », explique Virginie Spies. Les chats pourraient donc faire leur retour prochainement sur les réseaux sociaux et dans les médias français…