Migrants: A Lesbos, la détection de djihadistes est «presque impossible»

TERRORISME «On ne sait pas vraiment qui passe», avoue un responsable policier grec...

M.C. avec AFP

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Des réfugiés et des migrants attendent d'être enregistrés après leur arrivée sur l'île grecque de Lesbos, le 16 novembre 2015.
Des réfugiés et des migrants attendent d'être enregistrés après leur arrivée sur l'île grecque de Lesbos, le 16 novembre 2015. — BULENT KILIC / AFP

L'Europe peut-elle détecter des djihadistes qui tenteraient de s'infiltrer parmi les migrants transitant via la Grèce et les Balkans? «S'ils ne sont pas déjà dans la base de données, c'est presque impossible», tranche le capitaine de police en première ligne sur l'île grecque de Lesbos.

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Le zèle grec n'est pas en cause, se défend Dimitris Amountzias, qui dirige les opérations au camp de Moria, où plusieurs centaines de milliers de migrants, depuis janvier, font l'objet d'une première identification et sont enregistrés, avant de poursuivre leur route.

Trafic de laissez-passer

«Aucun policier ici n'a jamais songé à laisser partir un seul migrant sans avoir pris ses empreintes», insiste-t-il, dans le cadre d'une visite du camp par le commissaire européen à la Santé, Vytenis Andriukaitis. Et sans le laissez-passer délivré après cette procédure, les migrants ne peuvent pas acheter le billet de ferry pour poursuivre le voyage, se prévaut-il. Mais ce document, aisément falsifiable, fait déjà l'objet d'un trafic. Six Pakistanais ont été arrêtés mercredi à Lesbos, accusés d'avoir vendu des faux.

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Vendredi matin du coup, la police contrôlait pour la première fois au port du Pirée les migrants débarqués de l'île. A Moria jeudi soir, des dizaines de migrants font sagement la queue. Il y en a trois, successives, pour s'identifier et être pris en photo, pour répondre aux agents de Frontex, l'Agence européenne de surveillance des frontières, qui tentent de vérifier identités et nationalités, et pour fournir les empreintes des dix doigts, entrées ensuite dans une base de données. C'est de cette manière que les enquêteurs ont pu établir que deux des assaillants du stade de France, vendredi, avaient pénétré dans l'UE le 3 octobre, par l'île grecque de Leros.

«On ne sait pas vraiment qui passe»

A l'enregistrement, «s'il y a un problème, que la personne est signalée, il y a une alerte» explique à l'Agence France Presse un responsable policier à Athènes. Mais cela suppose renseignement efficace et échange d'informations au niveau européen, ce dont Paris vient justement de mettre l'UE en demeure de se doter, au vu des failles avérées.

«Contrairement à ce qu'on pense, il est très facile d'entrer et de sortir de l'UE sans se faire repérer», relève ainsi au-delà du cas grec le criminologue Christophe Naudin, spécialiste de la fraude documentaire. «On ne sait pas vraiment qui passe», ajoute le même responsable policier. Car si les Syriens disposent généralement de papiers «dont on peut en gros vérifier l'authenticité sans toutefois pouvoir déterminer s'ils sont vraiment ceux de leurs porteurs», la plupart des autres sont listés «sur la base de qu'ils déclarent». «Ces flux incontrôlés recèlent une menace inégalée pour la sécurité européenne», s'alerte un expert sécuritaire européen.