Des infrastructures en pleine déconfiture

ETATS-UNIS Après la chute d'un pont à Minneapolis, l'Amérique si'nterroge sur l'état...

Gilles Bouvaist, à New York

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Scott Olson AFP

La catastrophe de trop? La chute à Minneapolis du pont sur le Mississipi survient une dizaine de jours après l’explosion d’une canalisation datant de 1924 en plein cœur d’un quartier d’affaires à New York. Autant dire que l’âge avancé des infrastructures américaines est devenu un sujet d’inquiétude croissante.

Réseau électrique, eau, barrages, routes et ponts: une étude datée de 2005 de l’American society of civil engineers a chiffré le montant des travaux nécessaires pour l’ensemble des infrastructures américaines à pas moins de 1.600 milliards de dollars sur cinq ans. Il en coûterait 9,4 milliards de dollars par an jusqu’en 2025 pour la seule remise à niveau des différents ponts du pays –qui comptent en moyenne une quarantaine d’années au compteur. Tout comme la majeure partie du réseau routier, qui remonte aux années 1950 et 1960.

«Le pays a manqué l'occasion d"investir dans les infrastructures»

«Même si l’on ne peut jamais prédire une telle catastrophe, c’est moins surprenant si l’on regarde les tendances actuelles aux Etats-Unis, estime Bracken Hendricks, spécialiste des questions d’infrastructures et de transports au sein du Center for American progress, un think-thank de gauche. Notre culture politique ne reconnaît pas la valeur à long terme de certains investissements très concrets. Du coup, les Etats-Unis ont manqué l’occasion d’investir dans les infrastructures. Cela vaut aussi bien pour les transports –le rail, par exemple, a été négligé– que pour l’énergie, en particulier renouvelable.»

Au mois d’août 2006, le quartier du Queens, à New York, était resté plongé dans l’obscurité pendant une semaine, à cause de la vétusté du réseau électrique. «Nous dépensons beaucoup moins pour nos infrastructures, en termes de pourcentage de notre produit intérieur brut, que la majorité des pays industrialisés», selon Steve A. Stekler, président d’Infrastructure management group, interrogé sur la chaîne CNBC. «Et nous devrions consacrer au moins 40% à 50% de plus que ce que nous dépensons aujourd’hui pour leur maintenance et leur amélioration.» Une rénovation qui risque de devenir de plus en plus urgente alors que, d’ici à 2040, les Américains seront 100 millions de plus à se presser sur des routes quasi centenaires.