«Chiens enragés» et «cheval de Troie», le débat américain sur les réfugiés tourne à la surenchère

ETATS-UNIS Malgré les appels d'Obama, la Chambre a voté pour une pause dans le programme d'accueil...

Philippe Berry

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Des migrants et des réfugiés arrivent sur l'île grecque de Lesbos le 17 novembre 2015
Des migrants et des réfugiés arrivent sur l'île grecque de Lesbos le 17 novembre 2015 — AFP

Le débat s’envenime. En pleine campagne présidentielle américaine, les attentats de Paris ont remis la politique internationale sur le devant de la scène. Et Obama accuse les conservateurs d’instrumentaliser la peur du terrorisme à des fins politiques.

Jeudi, la Chambre a défié le président en votant un texte durcissant les conditions d’accueil des réfugiés venant de Syrie et d’Irak. Si le projet de loi était adopté au Sénat, cela imposerait en pratique une pause dans le programme d’accueil. Obama a déjà prévenu qu’il était prêt à dégainer son veto. Pour l’outrepasser, il faudrait un vote au Congrès à la majorité des deux tiers. C’est possible à la Chambre, où environ 40 démocrates ont voté avec les républicains, mais sans doute pas au Sénat, selon le chef des libéraux, Harry Reid.

Ben Carson compare certains réfugiés à des « chiens enragés »

Le candidat républicain, actuellement en seconde position dans les sondages, a filé une métaphore douteuse, jeudi, dans l’Alabama. Il explique : « S’il y avait un chien enragé dans votre quartier, vous mettriez vos enfants en sécurité. Nous avons besoin d’un processus de tri pour déterminer quels chiens sont enragés. »

Il n’est pas le seul à attaquer le processus pour filtrer les réfugiés. Selon Donald Trump, il « pourrait s’agir du plus grand cheval de Troie de l’histoire. Regardez, il y a peu de femmes et d’enfants. Il y a surtout des hommes jeunes et forts. » Chris Christie, lui, veut refuser tous les réfugiés dans les conditions actuelles, même « les orphelins de moins de cinq ans. » Jeb Bush et Ted Cruz, eux, ont évoqué un accueil réservé aux réfugiés chrétiens, ce qui a provoqué les moqueries de Trump : « Comment allez-vous vérifier leur religion, avec un questionnaire ? », demande le milliardaire. Obama, de son côté, les a accusés de promouvoir des valeurs « anti-américaines ».

Un processus de 18 mois

Les Etats-Unis ne font pas face à une vague de réfugiés comme l’Europe. Le sénateur démocrate Chuck Schumer rappelle que le pays n’a accueilli que 2.000 personnes venues de Syrie et d’Irak en deux ans et qu’aucun n’a été expulsé ou même arrêté pour des charges liées au terrorisme. Leur candidature est d’abord examinée par l’ONU, puis par le département d’Etat et enfin par ceux de la Défense et de la Sécurité intérieure, via plusieurs enquêtes et interviews. Obama veut en accueillir 10.000 de plus mais 30 gouverneurs ont prévenu qu'ils refuseraient de s'exécuter. Une famille syrienne a dû être installée à la dernière minute dans le Connecticut après un refus du gouverneur de l'Indiana.

Mzalgré l’absence de ratés dans le programme américain jusqu’à présent, les attentats de Paris ont changé la donne. La découverte d’un passeport syrien, qui s’est révélé être un faux, près d’un kamikaze du stade de France, a relancé le débat. Et aux Etats-Unis, selon un sondage de Bloomberg, 53 % des Américains sont désormais opposés à l’accueil de réfugiés.