Attentats à Paris: Raqqa, «la vitrine» de Daesh où les habitants vivent dans la terreur

SYRIE La ville syrienne, «vitrine» de Daesh, subit non seulement la loi et la violence du groupe terroriste, mais aussi les bombardements de l'armée syrienne et de la coalition internationale...

Bérénice Dubuc

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Photo non datée montrant des djihadistes parader dans les rues de Raqqa (Syrie), publiée le 30 juin 2014, par le media center de l'organisation Etat Islamique.
Photo non datée montrant des djihadistes parader dans les rues de Raqqa (Syrie), publiée le 30 juin 2014, par le media center de l'organisation Etat Islamique. — Uncredited/AP/SIPA

Des attentats sanglants revendiqués par Daesh et une réponse qui ne s’est pas fait attendre : la France sera « impitoyable » dans cette « guerre » que lui a déclarée l’organisation terroriste. Traduction sur le terrain dès dimanche soir : dix avions ont largué 20 bombes sur Raqqa. Pourquoi Raqqa ? Parce que l’organisation terroriste en a fait son « fief » en Syrie.

Google map de Raqqa en Syrie. La ville est un fief du groupe terroriste Daesh. - Google map

 

Restée pendant près de deux ans à l’écart de la révolte syrienne débutée en 2011, la ville, qui comptait à l’époque environ 200 000 habitants, a été fidèle au régime de Bachar al-Assad jusqu’en mars 2013, lorsqu’elle est tombée aux mains du Front al-Nosra, groupe djihadiste affilié à Al-Qaida. Elle est alors la première capitale provinciale de Syrie à échapper au contrôle du régime.

« Vitrine » du califat

En juin de la même année, un autre groupe, encore peu connu et qui se fait alors appeler « Etat islamique en Irak et au Levant », s’en empare. A la fin du même mois, son chef, Abou Bakr al-Baghdadi proclame l’instauration du califat sur les territoires détenus par le groupe en Irak et en Syrie. Logiquement, Raqqa en devient la capitale officieuse : elle est stratégiquement située dans la vallée de l’Euphrate, à moins de 200 km de la frontière irakienne, et Daesh y a implanté son « gouvernement central » qui assure la police, la justice et les services comme l’éducation.

Dans cette « vitrine » du califat, les islamistes ont imposé leurs lois aux habitants « conseils » vestimentaires aux hommes (pantalons amples retroussés aux chevilles, chaussures de couleur interdites…) comme aux femmes (niqab, gants, abaya), qui ne peuvent sortir sans un homme de leur famille, interdiction de toute musique en dehors des nasheed (chants religieux), application des hudud (peines légales prescrites par la charia), paiement par tous les habitants de la zakat (aumone), fermeture des magasins à l’heure de la prière…

Politique de terreur

Des règles hyperstrictes que Daesh fait respecter grâce à une police djihadiste (qui patrouille fusil d’assaut en bandoulière, selon un documentaire de Vice News, tourné à l’été 2014), mais aussi par la peur : « Dès le premier jour, l’EI [Daesh] a appliqué une politique de terreur, perpétrant des exécutions, des décapitations et des crucifixions », a raconté par Internet à l’AFP Abou Ibrahim Al-Raqqaoui, militant du groupe « Raqqa is Being Slaughtered Silently » (« Raqqa est massacrée en silence »), l’une des seules sources d’information sur la ville, interdite aux journalistes.

Il précise : « Si vous respectez leurs règles sans broncher, personne ne s’en prendra à vous. » Mais les civils sont dans une situation catastrophique, comme l’explique The Guardian : pénurie croissante de nourriture, explosion des prix des denrées de base, de l’eau courante… Sans compter que la ville est également la cible de l’aviation syrienne et des forces de la coalition, dont les raids ont détruit la raffinerie et la centrale électrique de la ville, désormais tributaire des générateurs, et ont fait de nombreuses victimes civiles.

En a résulté un durcissement de la surveillance de la ville, les habitants étant maintenus en quasi-totale claustration. Depuis dimanche et les bombardements français, les Raqqaouis craignent que ces représailles ne fassent des morts supplémentaires. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les explosions de dimanche n’ont pas fait de victimes civiles, même si elles « ont secoué la cité entière ». Cependant, en réaction aux raids, Daesh a interdit la circulation et coupé l’électricité dans la ville. S’il devait y avoir des civils tués à l’avenir, Daesh jouera sans doute la carte de la « victimisation (…) pour justifier les brutalités futures », selon l’expert des mouvements djihadistes Charlie Winter, mettant en garde contre ce « cercle vicieux ».