Attentats à Paris: «Les frappes de l'armée française à Raqqa sont symboliques»

INTERVIEW A peine 48 heures après les attentats de Paris, la France a annoncé avoir bombardé le fief de l'organisation Etat islamique à Raqqa, en Syrie...

Propos recueillis par Laure Cometti

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Photographie prise le 17 octobre 2014 par l'Armée de l'Air française d'un avion Rafale armés de bombes laser, en mission de reconnaissance au-dessus l'Irak.
Photographie prise le 17 octobre 2014 par l'Armée de l'Air française d'un avion Rafale armés de bombes laser, en mission de reconnaissance au-dessus l'Irak. — AFP PHOTO / ECPAD / EMA /ARMEE DE L'AIR

La riposte ne s’est pas fait attendre. À peine 48 heures après les attentats qui ont fait 129 morts vendredi, le ministère de la Défense a annoncé que des avions de chasse avaient bombardé dimanche soir des positions stratégiques de l’organisation Etat islamique, qui a revendiqué samedi les attaques terroristes perpétrées dans la capitale française.

Quel est le but de ces bombardements ? Pour le comprendre, 20 Minutes a sollicité l’éclairage de Michel Goya, ancien colonel des troupes de Marine, qui a été assistant militaire du chef d’état-major des armées sur les questions de doctrine.

Dix avions de chasse français ont été mobilisés pour lâcher 20 bombes sur Raqqa. Que dire des moyens engagés dans cette opération ?

C’est sans doute la frappe la plus importante menée par la France depuis le début de cette guerre contre Daesh, il y a un an. L’armée française dispose de douze avions de chasse dans la région, donc la quasi-totalité de ses moyens a été engagée.

 

Un poste de commandement et un camp d’entraînement ont été détruits. Ces frappes vont-elles avoir un impact sur la guerre contre Daesh ?

C’est un coup violent, mais ces frappes n’auront probablement pas un impact décisif sur le plan militaire. Les bombardements à Raqqa ont un impact physique mais l’effet militaire est faible. Il faut savoir que l’Etat islamique contrôle un territoire presque grand comme la France.

 

On peut supposer que ces cibles étaient déjà connues de l’armée française. Pourquoi avoir attendu pour les frapper ?

L’armée établit un catalogue de cibles et les frappes sont échelonnées dans le temps. En général, on mène un raid tous les deux jours. On peut supposer que ces cibles avaient déjà été identifiées mais que la France a décidé de mettre un peu plus le paquet. En général, il faut des cibles suffisamment importantes et peu mobiles pour enclencher un bombardement. En plus, la présence de civils peut parfois pousser l’état-major à décaler les frappes dans le temps.

Frapper Raqqa, la capitale du califat autoproclamé, est-ce stratégique ou symbolique ?

Un peu des deux. Il s’agit de montrer que l’on réagit. C’est surtout une démonstration de force envoyée à Daesh. Les attentats de Paris visaient à heurter la France, mais peut-être aussi à provoquer une crise politique internationale, alors que le Canada a annoncé fin octobre le retrait de ses forces engagées dans la coalition. Frapper, c’est montrer qu’on ne recule pas.

Sur le plan stratégique, rappelons que jusqu’à présent, la France a mené 200 frappes dans le cadre de la coalition internationale anti-Etat islamique, sur un total de 8.000. C’est à peine 3 % du total. En outre, le bilan de cette coalition, à laquelle la France participe à une faible échelle, est à ce jour très mitigé.

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François Hollande est-il un bon chef de guerre selon vous ?

Riposter tout de suite, c’était le minimum syndical. Cela permet de montrer aux Français que la France reste forte. Mais il aurait fallu préparer la population à de tels attentats, évoqués par de nombreux observateurs et analystes depuis plusieurs mois. Il fallait aussi des mesures plus fortes, tant sur le plan intérieur qu’à l’international. La politique de défense française est en baisse depuis 25 ans.

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Selon vous, la France ne doit pas se cantonner aux frappes aériennes ?

On peut augmenter notre force de frappe, comme c’est le cas avec le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, qui n’aura toutefois pas un impact stratégique. On peut aussi poursuivre notre stratégie de soutien aux forces locales. Mais pour gagner cette guerre contre Daesh, il faudrait engager des moyens diversifiés, comme des hélicoptères de combat, des forces spéciales au sol. Or les moyens humains de l’armée sont dispersés, dans les rues françaises, depuis les attentats de janvier, et au Sahel, au Mali notamment. Mais pour engager des troupes au sol, il faut être prêt à payer le prix du sang.