François Hollande lors de son allocution après les attaques terroristes, le 14 novembre 2015 à l'Elysée à Paris
François Hollande lors de son allocution après les attaques terroristes, le 14 novembre 2015 à l'Elysée à Paris — STEPHANE DE SAKUTIN POOL

INTERVENTION

Attentats à Paris: La France peut-elle envoyer des troupes au sol en Syrie?

Laure Beaudonnet

Après les attentats à Paris, la France n'a pas une grande marge de manoeuvre en Syrie...

« C’est la faute de Hollande, il n’a pas à intervenir en Syrie », auraient crié les terroristes du Bataclan, vendredi soir. Fin septembre, la France a changé son fusil d’épaule en Syrie, menant ses premiers raids aériens. Quelle est la prochaine étape alors que Paris a connu des attaques sans précédent ?

« Si on peut imaginer l’envoi de forces spéciales, la France n’enverra pas des forces traditionnelles en Syrie à la façon de l’opération Daguet [la participation de l’armée française à la suite de l’invasion du Koweit par l’Irak], insiste Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences Po Paris et à Paris School of business*. Les Etats-Unis ne veulent pas intervenir au sol après l'enlisement en Irak et la France n’ira pas seule, de peur de tomber dans un bourbier ». Sur ce point, Jean-Claude Allard, directeur de Recherches à l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques), est bien d’accord. « Elle n’a pas les moyens ». Même si, selon l’expert en défense et sécurité, « une intervention aéroterrestre est la seule solution pour vaincre Daesh ».

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Jusqu’ici, « on s’est "contenté" de faire reculer l’organisation Etat islamique. On va intensifier les bombardements, même si ça coûte cher, nous ne sommes pas au maximum de nos capacités », reprend Frédéric Encel. Si la France n’a pas une grande marge de manœuvre, elle peut exercer des pressions sur « des alliés duplices, qui jouent un double jeu », comme le Qatar, « qui a été et est encore complaisant vis-à-vis de l’islamisme radical », ou la Turquie qui reste floue. Outre l’effort financier et l’intensification des bombardements, la France peut envisager de fournir du matériel aux forces kurdes qui combattent sur place.

Stratégiquement, discuter avec Vladimir Poutine qui s’est engagé dans le nord du Pays serait utile. Le président russe a intégré les Iraniens et les Syriens dans la coalition et il rencontre lundi le roi d’Arabie saoudite pour parler de la guerre en Syrie. Et la stratégie qu’il pourrait développer -et que nous devrions envisager- est de fermer la frontière entre Alep et Kobané, par où passe la contrebande », analyse Jean-Claude Allard. « Si on se coordonne sur le terrain, on peut vaincre Daesh. Mais il faut savoir jouer sur les forces qui peuvent le permettre », poursuit-il. En jouant sur trois axes : une offensive au nord grâce à l’armée syrienne, appuyée par les Russes, les avancées kurdes à l'est, appuyées par l’aviation américaine et l’armée irakienne au sud, également soutenue par les Etats-Unis. « Bachar al-Assad et l’armée syrienne sont deux choses différentes, il faut profiter du système et envisager sa destitution dans un second temps ».

 

Daesh semble amener la guerre sur le territoire européen parce que l’organisation perd du terrain sur place. Et cela, notamment en raison de l’intervention russe. L’organisation vient de perdre la ville stratégique de Sinjar, en Irak. Et Jean-Claude Allard de conclure : « La guerre se gagne avec stratégie, pas avec des discours ! »

*Auteur de Géopolitique du printemps arabe, PUF (Presses universitaires de France).