Attentats à Beyrouth: Pourquoi Daesh a attaqué le Liban

TERRORISME Les djihadistes du groupe Etat islamique ont tué 43 personnes...

N.Beu.

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Le souk de Bourj Barajné, à Beyrouth, au Liban, cible d'attentats, le 13 novembre 2015.
Le souk de Bourj Barajné, à Beyrouth, au Liban, cible d'attentats, le 13 novembre 2015. — Bilal Hussein/AP/SIPA

Daesh fait un retour fracassant au Liban. Après l’attentat de février 2014, qui avait provoqué la mort de quatre personnes, les djihadistes de l’Etat islamique ont fait 43 morts et 239 blessés jeudi, dans la banlieue sud de Beyrouth. Pourquoi une telle attaque? Eléments de réponse.

Pour se venger du Hezbollah

L’attaque kamikaze de jeudi est une réponse à l’intervention en Syrie du Hezbollah, l’organisation chiite libanaise. Depuis le début de l’intervention russe, la milice ne se contente plus d’agir dans les régions frontalières avec le Liban, mais épaule l’armée de Bachar al-Assad dans des zones clé du nord de la Syrie comme Idlib ou Alep. La présence du Hezbollah en Syrie est plus importante que jamais, qualitativement, quantitativement et en matière d’équipements, a d’ailleurs affirmé le mois dernier Hassan Nasrallah, son secrétaire général. Le Hezbollah aurait ainsi 5.000 hommes sur place, selon L’Orient-Le Jour, et même 8.000, selon d'autres estimations. La cible de l’attaque, le souk de Bourj Barajné, n’est pas anodine, puisqu’il s’agit d’un des quartiers de Beyrouth aux mains du Hezbollah.

Pour exporter la terreur

Les derniers attentats revendiqués en Turquie, en Egypte et maintenant au Liban témoignent de la volonté de Daesh d’exporter le terrorisme en dehors de la Syrie et de l’Irak. « La guerre menée par Daesh est sans frontière », rappelle le journaliste et analyste Wassim Nasr, interrogé par 20 Minutes. « C’est une stratégie de provocation, estime de son côté le chercheur libanais Walid Charara, cité par Le Monde. L’objectif est de semer la zizanie entre chiites et sunnites au Liban. »

Des membres du Hezbollah inspectent les décombres après la double explosion qui a frappé Beyrouth, le 13 novembre 2015 - Bilal Hussein/AP/SIPA

Parce qu’il en a les moyens

Le timing de l’attaque questionne L’Orient-Le Jour, qui avance l'hypothèse qu'elle serait liée aux pourparlers sur la Syrie qui doivent s’ouvrir samedi à Vienne. Cependant, pour Wassim Nasr, « le timing n’a aucune importance aux yeux des djihadistes ». « Ils ne suivent pas l’agenda diplomatique ou politique, seule l’opportunité compte », explique-t-il. En d’autres termes, ils ont attaqué le Liban parce qu’ils en avaient tout simplement les moyens. Ces derniers mois, Daesh y a en effet gagné du terrain. « Chez les réfugiés syriens, le nombre de jeunes sympathisants de l’Etat islamique s’accroît. Paradoxalement, ils sont contre l’Etat islamique en Syrie, mais le soutiennent davantage au Liban », assure le chercheur Romain Caillet à Libération. Ont-ils pris part aux attentats de Beyrouth ? A l’enquête de le dire.