Birmanie: L'écrasante victoire d'Aung San Suu Kyi confirmée

LEGISLATIVES Elle sera en mesure de former un gouvernement, d'après des résultats officiels publiés cinq jours après des législatives marquant un tournant historique...

20 Minutes avec AFP

— 

L'opposante Aung San Suu Kyi à Kawhmu dans la banlieue de Rangun en Birmanie, le 24 octobre 2015
L'opposante Aung San Suu Kyi à Kawhmu dans la banlieue de Rangun en Birmanie, le 24 octobre 2015 — Romeo Gacad AFP

Le parti de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi a obtenu vendredi la majorité absolue au Parlement et sera en mesure de former un gouvernement, d’après des résultats officiels publiés cinq jours après des législatives marquant un tournant historique.

Le seuil tant attendu qui permet à la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’être majoritaire dans les deux chambres, malgré la présence d’un quart de députés militaires non élus, est enfin atteint. D’après les derniers résultats de la commission électorale, qui n’a pas encore terminé le décompte total, la LND a remporté 348 sièges.

Des miettes pour ses adversaires

« Ce sera vraiment un Parlement dominé par la LND, ils seront capables de faire adopter toutes les lois qu’ils souhaitent et ils n’auront pas à former de coalition », analyse Richard Horsey, expert interrogé par l’AFP. Ce raz-de-marée pour le parti de la prix Nobel de la paix ne laisse que des miettes à ses adversaires, notamment le parti au pouvoir des héritiers de la junte militaire.

Ces héritiers de l’ancien régime resteront toutefois une force politique cruciale dans le pays grâce aux 25 % de députés militaires. Mais aussi parce que le chef de l’armée a le pouvoir de nommer certains ministres clés comme celui de l’Intérieur et de la Défense.

Negociations à Naypyidaw

Mais l’analyste Richard Horsey estime toutefois que pour cette période de transition, la « dame de Rangoun » devra s’attacher à « garder tout le monde à bord » et être diplomate avec les militaires. Elle se retrouve néanmoins, pour la première fois, en position de force face à ceux qui l’ont maintenue 15 ans en résidence surveillée.

Aung San Suu Kyi a déjà appelé le président birman et le chef de l’armée à des discussions de réconciliation nationale. Elle devrait se rendre lundi à Naypyidaw, la capitale administrative située à cinq heures de route de Rangoun, pour la reprise de la session du Parlement sortant, occasion de négociations en coulisses.

Profil bas

Jusqu’ici les ex-généraux au pouvoir depuis l’autodissolution de la junte en 2011, après des décennies de dictature militaire, ont annoncé qu’ils joueraient le jeu du passage de relais. Même la puissante armée birmane s’est dite prête à « coopérer » et le président Thein Sein a félicité Aung San Suu Kyi pour « avoir remporté l’approbation du peuple » lors des premières élections libres depuis 25 ans.

La réaction de l’armée à une écrasante victoire était l’un des principaux motifs d’inquiétude, Aung San Suu Kyi ayant promis de détricoter un système donnant aux militaires un pouvoir politique considérable. Dans ce contexte, la stratégie de la LND depuis le vote a été de faire profil bas, pour laisser au gouvernement post-junte le temps d’accepter sa défaite. Pourtant, la foule de ses partisans n’attend que le signal de Mme Suu Kyi pour laisser éclater sa joie, dans un pays où l’émotion suscitée par ces élections est intense mais n’a pas encore pu vraiment s’exprimer, Aung San Suu Kyi ayant donné la consigne d’attendre les résultats définitifs.