Washington: Les retrouvailles entre Obama et Netanyahou s'annoncent tendues

DIPLOMATIE Les deux hommes ne se sont pas vus depuis octobre 2014, et leurs divergences n'ont fait que se creuser après l'accord sur le nucléaire iranien de juillet...

B.D.

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Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (à g.) et le président Barack Obama, le 1er octobre 2014 à la Maison Blanche, à Washington. Lancer le diaporama
Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou (à g.) et le président Barack Obama, le 1er octobre 2014 à la Maison Blanche, à Washington. — Jim Watson AFP

Les visages risquent d’être crispés sur les photos officielles. Après plusieurs mois de relations à distance plus que glaciales, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou s’est envolé ce dimanche pour Washington, où il doit rencontrer le président américain Barack Obama lundi.

Les deux hommes ne se sont pas vus depuis octobre 2014 et leurs divergences n’ont fait que se creuser après l’accord sur nucléaire iranien de juillet. D’autant que, quatre mois auparavant, Benyamin Netanyahou, le chef de file de la droite israélienne, était venu courtiser les républicains, adversaires politiques de Barack Obama, lors d’un discours devant le Congrès, au grand dam de la Maison Blanche.

« Antisémitisme moderne »

Et, même si les deux hommes sont censés « tourner la page », une dernière fausse note est venue ternir le voyage : le Premier ministre israélien a nommé Ran Baratz, un colon de Cisjordanie, responsable national de la communication de l’Etat hébreu. Le hic ? Certains posts sur les réseaux sociaux, où il juge notamment que la politique étrangère d’Obama vis-à-vis de l’Iran et Israël équivaut à de « l’antisémitisme moderne ». Benyamin Netanyahou a immédiatement estimé que ces remarques étaient « inacceptables » et « ne reflètent pas [s] es positions », mais l’affaire a jeté une ombre supplémentaire sur sa visite. Le chef du gouvernement israélien ne sera d’ailleurs pas logé à la Blair House, où sont traditionnellement accueillis les hôtes de marque à Washington.

Pour autant, même s’ils « ne vont pas tomber amoureux », Benyamin Netanyahou « comprend tout à fait la portée de cette visite et la valeur des Etats-Unis », juge auprès de l’AFP Zvi Rafiah, qui a longtemps conseillé l’ambassade israélienne à Washington. En effet, cette rencontre intervient au moment où le Premier ministre israélien subit de fortes pressions pour relancer un processus de paix israélo-palestinien moribond et mettre fin à « l’Intifada des couteaux ».

Des mesures « en vue d’atténuer les tensions »

Selon le quotidien Haaretz, il devrait ainsi présenter au président américain des mesures (démantèlement de checkpoints en Cisjordanie, autorisation de projets d’infrastructure planifiés par l’Autorité palestinienne, levée de barrages restreignant la circulation des Palestiniens) « en vue d’atténuer les tensions ». Mais « le gel de la colonisation ne fait pas partie des décisions attendues, ce qui signifie que les autres sont purement cosmétiques », note Libération. Sans compter que, pour des responsables américains, Barack Obama a perdu tout espoir de voir naître un accord de paix israélo-palestinien d’ici la fin de son mandat en janvier 2017.

Ainsi, le principal point des discussions portera sur le nouvel accord militaire d’assistance militaire américaine à Israël pour les dix années à venir. Quelques heures avant son départ, Benyamin Netanyahou a en effet souligné que cette rencontre était « importante pour clarifier la question de la continuation de l’aide américaine durant la prochaine décennie ». Israël pourrait réclamer une rallonge aux plus de trois milliards de dollars annuels d’aide militaire qu’il reçoit de Washington pour s’équiper face aux risques auxquels il dit être exposé du fait de l’accord avec Téhéran.

Le nouvel accord israélo-américain sur la défense ne prendra effet qu’en 2017 à l’expiration de celui en vigueur actuellement, mais les deux dirigeants doivent évoquer des engagements qui pourraient permettre à Israël d’obtenir plus que les 33 avions de combat F-35 déjà commandés et d’espérer acquérir des avions-hélicoptères V-22 Ospreys. L’administration Obama « est en fait très désireuse de montrer qu’elle s’engage pour la sécurité d’Israël », explique Jonathan Rynhold du Centre Begin-Sadat pour les études stratégiques.