Birmanie: Aung San Suu Kyi se voit bien «au-dessus du président» à trois jours des élections

BIRMANIE L'opposante de 70 ans, très populaire, est pour la première fois de l'histoire de la Birmanie en mesure de prendre les rênes du pays...

M.C. avec AFP
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L'opposante birmane Aung San Suu Kyi lors d'une conférence de presse à Rangoon, le 5 novembre 2015.
L'opposante birmane Aung San Suu Kyi lors d'une conférence de presse à Rangoon, le 5 novembre 2015. — Mark Baker/AP/SIPA

La Constitution l’empêche de devenir présidente. Mais Aung San Suu Kyi, dont le parti est le favori des législatives de dimanche en Birmanie, affirme qu’elle « dirigera le gouvernement » et aura la main sur le poste suprême. Enfermée pendant 15 ans en résidence surveillée jusqu’en 2010, l’opposante de 70 ans est pour la première fois de l’histoire de la Birmanie en mesure de prendre les rênes du pays.

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« Nous aurons un président qui travaillera en accord avec la politique de la LND », la Ligue nationale pour la démocratie, a-t-elle déclaré lors d’une dernière grande conférence de presse, dans sa maison de Rangoun, avant le scrutin historique de dimanche. « Je serai au-dessus du président », a lancé de façon cryptique la prix Nobel de la paix, critiquée pour ne pas assez partager le pouvoir au sein de son parti, où elle n’a pas de dauphin désigné pour devenir président à sa place.

« Grand bond vers la démocratie »

Car la première étape du nouveau Parlement sera de choisir le prochain président, un processus complexe qui n’aura pas lieu avant mars. Suu Kyi ne pourra pas se présenter, en raison d’un article de la Constitution qui bloque l’accès à la fonction suprême pour les personnes ayant des enfants de nationalité étrangère, or ses deux enfants sont britanniques. L’article en question de la Constitution, hérité de la junte militaire, est critiqué comme étant taillé sur mesure pour faire barrage à sa carrière politique.

Jeudi, la prix Nobel de la Paix a estimé la victoire de son parti serait synonyme de « grand bond vers la démocratie ». L’opposante dénonce régulièrement les limites des réformes amorcées par le gouvernement post-junte depuis 2011: il reste dominé par d’ex-généraux soucieux de défendre les intérêts de l’ancienne garde, sous couvert d’assurer une transition en douceur.

Les inquiétudes se multiplient à l’approche de ce scrutin, vu comme un test de la transition démocratique amorcée il y a quatre ans, avec l’auto-dissolution d’une junte ayant régné d’une poigne de fer depuis 1962.