Qui est Francesca Chaouqui, la consultante soupçonnée d'être à l'origine du deuxième Vatileaks?

PORTRAIT Celle qui est surnommée «la lobbyiste du pape» aurait divulgué et commenté des documents classés, alimentant deux livres qui dénoncent des scandales de nature financière...

B.D. avec AFP

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Francesca Chaouqui, membre de la commission de laïcs nommée par le pape François pour le conseiller sur la réforme économique du Vatican, le 15 janvier 2014, au théâtre Parioli, à Rome.
Francesca Chaouqui, membre de la commission de laïcs nommée par le pape François pour le conseiller sur la réforme économique du Vatican, le 15 janvier 2014, au théâtre Parioli, à Rome. — AFP

Dès sa nomination par le pape François, en juillet 2014, au sein de la COSEA, la commission chargée de revoir la structure économique et administrative du Vatican, Francesca Immacolata Chaouqui s’était attiré commentaires peu flatteurs et critiques pour son côté glamour, sa plastique irréprochable et sa propension à s’étaler sur les réseaux sociaux.

Mais, dans l’Etat le plus secret du monde, c’est son indiscrétion qui lui a valu d’être arrêtée ce week-end dans une affaire aux allures de nouveau « Vatileaks » : elle aurait, avec un autre membre de la COSEA, Mgr Vellejo Balda, divulgué et commenté des documents classés de nature financière, alimentant deux livres à paraître jeudi (Avarice d’Emiliano Fittipaldi de l’hebdomadaire L’Espresso, et Via crucis de Gianluigi Nuzzi), qui dénoncent des scandales d’argent détourné, de privilèges, d’opacité, de trous budgétaires, de croissance sans contrôle des emplois et des dépenses.

Sa mission : faire le ménage

Fille d’une Italienne et d’un père Français d’origine marocaine, Francesca Chaouqui est née et a grandi à San Sosti, un petit village de Calabre. Après des études de droit à l’université « La Sapienza » de Rome, elle a travaillé pour un cabinet international d’avocats et pour le géant mondial de l’audit Ernst & Young. A 32 ans, elle est nommée au sein de la COSEA par François, sur proposition de l’Espagnol Mgr Vallejo Balda, dont elle est proche. Sa mission : faire le ménage, après des allégations de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. Son mandat lui permet d’enquêter partout, d’ouvrir placards et tiroirs dans toutes les administrations du petit Etat.

Mais celle qui est surnommée « la lobbyiste du pape » est très rapidement critiquée du fait de sa présence active passée sur les réseaux sociaux. Des photos d’elle seins nus, dissimulés par les bras de son mari, provoquent l’indignation, mais ce sont surtout des tweets -qu’elle dément avoir écrit, se disant diffamée- qui lui sont reprochés. En plein « Vatileaks », une année avant sa nomination, l’un d’entre eux accusait le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat de Benoît XVI, de corruption, ajoutant que le majordome du pape, Paolo Gabriele n’était qu’un bouc émissaire. Elle est aussi accusée d’avoir organisé avec Mgr Vellejo Balda une réception luxueuse sur une terrasse proche du Vatican, en avril 2014, jour de la canonisation de Jean Paul II.

« Aider le pape »

Dans les colonnes de La Stampa, Francesca Chaouqui a clamé ce mardi son innocence en rejetant l’entière responsabilité des faits sur le religieux espagnol. Cependant, le fait qu’elle connaisse le journaliste Gianluigi Nuzzi, déjà auteur en 2012 de Sua Santita, best-seller au cœur du premier Vatileaks, ne plaide pas en sa faveur. Ce dernier a affirmé ce mardi que « ses sources » ont souhaité « aider le pape ». Cela « n’est absolument pas une façon d’aider la mission du pape », a rétorqué lundi le Vatican. « Ces publications ne concourent en aucune façon à établir la clarté et la vérité, mais plutôt à générer la confusion et des interprétations partielles et tendancieuses », ajoutait-il.

Le vaticaniste Marco Politi juge de son côté qu’il y « a une grande différence entre Vatileaks 1 et Vatileaks 2 ». Vatileaks 1 révélait une lutte de pouvoirs alors que Vatileaks 2 parait un ensemble d’initiatives de personnes isolées, estime-t-il. « Ce sont des actions de mauvaise foi. Dans le passé, remarque le vaticaniste, un tel pouvait dire : je vais dénoncer à l’extérieur parce que personne ne m’écoute à l’intérieur. Aujourd’hui chacun sait que si quelqu’un va voir le pape pour dénoncer une illégalité, celui-ci l’écoute et intervient ».