Vingt ans de la mort de Yitzhak Rabin: «Avec lui, l’espoir d’un règlement pacifique du conflit était grand»

INTERVIEW Jean-Noël de Bouillane de Lacoste, ambassadeur de France en Israël de 1995 à 1997, raconte l'écho et les conséquences qu'a eues la mort du Premier ministre israëlien…

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

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Le portrait de Yitzhak Rabin, à Tel Aviv, en Israël, le 30 octobre 2015.
Le portrait de Yitzhak Rabin, à Tel Aviv, en Israël, le 30 octobre 2015. — Oded Balilty/AP/SIPA

La mort de Yitzhak Rabin, le 4 novembre 1995, il l’a suivie « à la radio et à la télé », comme tous les Français. Mais Jean-Noël de Bouillane de Lacoste en a vécu les conséquences de très près. Nommé durant l’été précédant l’assassinat du Premier ministre israélien, l’ambassadeur français est arrivé à Tel Aviv début décembre 1995. Vingt ans après, il livre son témoignage à 20 Minutes.

Quelle ambiance avez-vous trouvée en arrivant en Israël ?

Un mois après l’assassinat de Rabin, le pays était divisé. D’un côté, une minorité de jusqu’au-boutistes qui se réjouissaient du coup porté au processus de reconnaissance de l’autonomie palestinienne. De l’autre, une majorité bouleversée parce qu’on avait touché à leur espoir de paix. Pour ceux-là, le choc a été terrible, même si le climat était déjà tendu et que les appels au meurtre par des exaltés s’étaient multipliés les semaines précédentes.

Que représentait Rabin pour les Israéliens ?

Avec Shimon Peres [son ministre des Affaires étrangères], il avait un grand prestige. Il était l’un des hommes des accords d’Oslo, en 1993. Malgré ses réticences, qu’on peut voir jusque sur la photo de sa poignée de mains avec Yasser Arafat à la Maison Blanche, en 1993, il avait réussi à pacifier le rapport et le dialogue entre Palestiniens et Israéliens. Avec lui, l’espoir d’un règlement pacifique du conflit était grand.

Sa mort a-t-elle été tout de suite perçue comme un coup d’arrêt au processus de paix ?

Les accords d’Oslo comportaient un certain nombre de pointillés, de décisions à prendre plus tard. Politiquement, la mort de Rabin remettait donc en cause en partie leur application. Mais malgré tout, même après le 4 novembre, une bonne partie des Israéliens espéraient encore que le processus de paix pourrait se poursuivre.

Comment cet espoir a-t-il été enterré les mois qui ont suivi ?

Dès l’hiver 1996, les choses se sont aggravées. La partie la plus radicale des Palestiniens a inauguré une vague d’attentats qui a conduit Israël à durcir sa politique de sécurité, et les roquettes lancées par le Hezbollah ont précédé l’opération israélienne dans le Sud-Liban, décidée par Shimon Peres [le nouveau Premier ministre]. Les élections ont été avancées, et Peres les a perdues face à la droite de Netanyahou, qui a misé sur la sécurité. Sans remettre en cause explicitement les accords d’Oslo, ce dernier ne les aimait pas et il était clairement opposé à un Etat palestinien. Avec son arrivée au pouvoir en Israël et l’opposition du Hamas, dans les territoires, Arafat a été neutralisé.

Avec le recul, quelle place donnez-vous à la mort de Rabin dans l’histoire du conflit ?

On peut dire que c’est entre 1993 et 1995 que la paix a été la plus proche. Durant cette période, tous les espoirs ou presque étaient permis. La mort de Rabin leur a porté un coup puissant.