Le Premier ministre égyptien, Sherif Ismail, (droite) devant des débris de l'A321 de Metrojet qui s'est écrasé à Hassana dans le Sinaï le 31 octobre 2015.
Le Premier ministre égyptien, Sherif Ismail, (droite) devant des débris de l'A321 de Metrojet qui s'est écrasé à Hassana dans le Sinaï le 31 octobre 2015. — Suliman el-Oteify/AP/SIPA

TRANSPORT AERIEN

Ce qu’on sait sur le crash de l'avion russe en Egypte (et ce qu’on ignore encore)

«20 Minutes» fait le point sur le drame qui a fait 224 morts ce samedi matin dans le Sinaï égyptien…

C’est officiel : les autorités égyptiennes ont retrouvé ce samedi après-midi la boîte noire de l’avion charter exploité par la compagnie russe Metrojet qui s’est écrasé au petit matin dans la péninsule du Sinaï, faisant 224 morts. En attendant de connaître les premiers résultats des analyses de ses enregistrements, 20 Minutes fait le point sur les premiers éléments connus sur les circonstances et le bilan du drame. Et les zones d’ombres.

Que s’est-il passé exactement ?

L’Airbus-321 de la compagnie Kogalymavia avait décollé à 5h51 heure locale (3h51 GMT) de Charm el-Cheikh, une station balnéaire de la mer Rouge dans le sud du Sinaï, et était en route pour Saint-Petersbourg, avec 217 passagers et 7 membres d’équipage à bord.

Les autorités de l’aviation civile ont perdu le contact avec l’appareil 23 minutes après son décollage de Charm el-Cheikh, d’après le ministère de l’aviation civile. « L’équipage devait entrer en communication avec Larnaca (Chypre) mais cela n’a pas été fait et l’avion a disparu des écrans radar », a indiqué dans des déclarations télévisées depuis Moscou, un responsable de l’agence fédérale russe de l’aviation, Rosaviatsia, Sergei Izvolsky.

Selon un responsable de l’autorité de contrôle de l’espace aérien en Egypte, l’appareil volait alors à 30.000 pieds d’altitude (9.144 m). Et le capitaine de l’avion s’était plaint d’une défaillance technique des équipements de communication. Mais le ministre égyptien de l'Aviation civile Hossam Kamal, cité par l'agence de presse gouvernementale Mena, a assuré plus tard que «les communications entre le pilote et la tour de contrôle étaient normales» jusqu'à ce que le contact soit perdu, le pilote ne demandant pas à changer de route.

Quel est le bilan ?

Les débris de l’appareil ont été localisés par l’armée égyptienne en fin de matinée à al-Hassana, au beau milieu d’une zone montagneuse dans la province du Nord-Sinaï. « Il n’y a aucun survivant » parmi les 224 personnes à bord, ont annoncé à l’AFP des responsables des secours et des services de sécurité, précisant que les corps des victimes étaient éparpillés sur cinq kilomètres autour du lieu du crash.

Parmi les 217 passagers, 214 étaient Russes et trois Ukrainiens, a assuré le gouvernement égyptien, qui évoque 138 femmes et 17 enfants.. Le ministère russe des Situations d’urgence a parlé de passagers âgés de 10 mois --une petite fille-- à 77 ans.

Le bureau du Premier ministre égyptien Chérif Ismaïl a précisé en fin d’après midi dans un communiqué que l’armée avait « transféré 129 corps » vers la morgue du Caire et divers hôpitaux.

Que sait-on sur la compagnie Metrojet et l’appareil ?

Selon les agences russes, l’avion de la compagnie Kogalymavia, qui s’est écrasé 23 après son décollage, avait été affrété par le tour-opérateur Brisco, qui dessert notamment la Turquie et l’Egypte, les destinations touristiques préférées des Russes.

Kogalymavia, qui opère sous la marque Metrojet depuis 2012, a été créée en 1993 sous le nom Kolavia. Classée 19e en Russie par le nombre de passagers transportés selon les statistiques des autorités aériennes russes, elle exploite deux A320 et sept A321.

L’A321 qui s’est écrasé samedi avait réalisé son premier vol en 1997 pour la compagnie libanaise MEA, selon le site spécialisé airfleets.fr, et était exploité par Kogalymavia depuis 2012.

Le Comité d’enquête russe, en charge des principales investigations, a aussitôt ouvert une enquête pour mettre au jour d’éventuelles violations des règles de la sécurité aérienne et a lancé des perquisitions dans les locaux de la compagnie. Mais le ministre des Transports Maxime Sokolov a déclaré qu’il était trop tôt pour parler d’infractions.

Selon rapport publié par l’Aviation Safety Network, un site géré par un ONG indepédante, et cité par USA Today, l’A321 qui s’est écrasé ce samedi n’avait connu aucun accident majeur à l’exception d’une collision de la queue de l’appareil lors d’un atterrissage au Caire en 2001.

La piste terroriste est-elle crédible ?

Quelques heures après le drame, la branche égyptienne du groupe djihadiste Daesh a affirmé être à l’origine du crash. « Les soldats du Califat ont réussi à faire tomber un avion russe dans la province du Sinaï transportant plus de 220 croisés qui ont tous été tués », a affirmé le groupe extrémiste sur ses comptes Twitter habituels. Les djihadistes affirmant avoir voulu « venger les dizaines de morts causés quotidiennement par les bombardements » des avions russes en Syrie. »

Pour l’heure Moscou refuse de confirmer ce scénario : la revendication par l’EI « ne peut être considérée comme exacte » a rejeté ce samedi après-midi le ministre des Transports Maxime Sokolov, cité par les agences russes.

« Nous nous trouvons en contact étroit avec nos collègues égyptiens et les autorités aériennes de ce pays. A l’heure actuelle, ils ne disposent d’aucune information qui confirmerait de telles insinuations », a-t-il ajouté.

Plusieurs experts militaires interrogés par l’AFP estiment que les insurgés de l’EI, dont le nord du Sinaï est le bastion, ne disposent pas de missiles capables d’atteindre un avion à 30.000 pieds. Ils n’ont en revanche pas exclu la possibilité que l’avion ait pu être atteint par une roquette ou un missile alors qu’il redescendait à la suite de défaillances techniques.

Une « bombe a pu être placée à bord de l’avion », estiment aussi les experts. « Pour ce qui est d’une bombe dans l’avion, quelle que soit sa taille, si elle explose à 10.000 m d’altitude, l’avion est complètement désintégré en raison de la pressurisation. Mais il a pu se passer quelque chose ou quelqu’un à bord qui a pu forcer le pilote à descendre et qu’un engin ait explosé lorsque l’avion était plus bas » a confié à l’AFP un expert militaire. D’autres soulignent que les aéroports égyptiens ne sont pas très sourcilleux sur le contrôle des bagages.

Dans l’attente d’éclaircissements sur les causes du crash, Air France et Lufthansa ont d’ores et déjà annoncé l’arrêt du survol de la zone par mesure de sécurité.

Quelles sont les autres pistes ?

Parmi, les hypothèses jugées les plus crédibles, « l’ennui technique majeur est possible » (comme le feu ou une explosion moteur), selon les experts. Selon un responsable de l’autorité de contrôle de l’espace aérien en Egypte, le capitaine s’est plaint d’une défaillance technique des équipements de communication. C’est qu’il était « conscient d’un problème », observent les experts. Toutefois, selon un communiqué de Metrojet, l’appareil en question avait subi un contrôle technique complet en 2014. L’agence en charge du secteur aérien, Rosaviatsia, a indiqué aux agences russes ne disposer d'« aucune raison de considérer que la cause de la catastrophe soit un problème technique ou une erreur de l’équipage ».

Une erreur de pilotage est jugée en revanche peu probable. Selon Metrojet, le commandant de bord, Valéri Nemov, avait plus de 12.000 heures de vol au compteur dont 3.860 sur A321. Les conditions météorologiques étaient plutôt bonnes.

Quelles suites pour l’enquête ?

La boîte noire a été retrouvée en fin d’après-midi et sera analysée par des experts, a annoncé le bureau du Premier ministre Chérif Ismaïl dans un communiqué.

Le Bureau enquête accident (BEA) français a annoncé ce samedi qu’il enverrait dimanche deux de ses enquêteurs en Egypte, accompagnés de six conseillers techniques du constructeur aéronautique Airbus, pour participer à l’enquête sur l’accident du vol charter russe qui a fait 224 morts.

Cette équipe sera rejointe par deux enquêteurs du BFU (équivalent allemand du BEA), représentant le constructeur, et quatre enquêteurs du MAK (leur homologue russe), représentant l’Etat d’origine de la compagnie aérienne, précise le BEA dans un communiqué.