Turquie: Tout comprendre au scrutin sous haute tension de dimanche

MONDE «20 Minutes» fait le point sur les enjeux des élections législatives organisées ce 1er novembre...

Anissa Boumediene

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La président turc Recep Tayyip Erdogan, dans son palais présidentiel à Ankara, le 19 octobre 2015
La président turc Recep Tayyip Erdogan, dans son palais présidentiel à Ankara, le 19 octobre 2015 — ADEM ALTAN AFP

Bis repetita. Pour la deuxième fois en cinq mois, les Turcs sont appelés aux urnes ce dimanche. L’AKP, le parti au pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan, espère retrouver la majorité absolue, tandis que les Turcs, eux, espèrent que les problèmes liés à la sécurité et à l’économie trouveront une issue.

Erdogan en reconquête

Son revers le 7 juin avait été décrit comme le « début de la fin ». En convoquant à nouveau les électeurs le 1er novembre, le président turc espère reconquérir le pouvoir total qu’il exerçait sur le pays, mais risque à nouveau de devoir le partager.

Les derniers sondages dessinent en effet un scénario similaire. Il y a cinq mois, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) d’Erdogan est arrivé en tête du scrutin avec 40,6 % des suffrages. Un score honorable mais qui a signé la perte de la majorité absolue qu’il détenait depuis treize ans au Parlement, et un camouflet pour l’homme fort du pays, stoppé net dans son ambition d’instaurer une « superprésidence » à sa main.

« Erdogan a depuis un moment ce projet de présidentialiser le régime, et ça, les Turcs y sont opposés, jusque dans les rangs de l’AKP », explique Jean Marcou, enseignant-chercheur à Sciences Po Grenoble, cofondateur de l’Observatoire de la vie politique turque (Ovipot) et auteur de La Turquie à l’heure de l’Europe (éd. PUG). « Ce sentiment est renforcé par le raid lancé mercredi par la police contre deux télévisions proches de l’opposition, qui illustre la dérive autoritaire d’Erdogan ».

L’ombre de nouvelles élections

Ces dernières semaines, l’AKP a intensifié sa campagne dans une quarantaine de départements, où le parti espère regagner les sièges qui lui manquent. Mais si, comme prévu, le parti d’Erdogan arrive en tête du scrutin sans retrouver la majorité absolue au Parlement, un gouvernement de coalition devra alors être constitué.

« Les quelques partis d’opposition qui pourraient être impliqués dans cette coalition exigeront qu’Erdogan se tienne à distance et se contente de son rôle honorifique », indique le chercheur. « Cela sonnerait la fin de la carrière politique active d’Erdogan », prédit-il. Un scénario que le principal concerné ne semble pas prêt à accepter, faisant planer sur le pays l’ombre de nouvelles élections.

La Turquie entre guérilla et menace terroriste

Une « situation intérimaire dangereuse, tant à l’intérieur du pays qu’à l’échelle régionale, et qui accroît la polarisation de la société turque », redoute le cofondateur de l’Ovipot. « Dépourvu de gouvernement légitime, le pays fait cependant face à des problèmes majeurs qui appellent des solutions », rappelle Jean Marcou.

Au premier rang des préoccupations des Turcs : les questions de sécurité, alors que le pays s’enlise dans ses tensions, entre le double attentat suicide d’Ankara du 10 octobre dernier et la reprise en juillet des combats entre les forces de sécurité turques et les rebelles kurdes. « Erdogan a agi comme bon lui semblait. Mais aujourd’hui, les Turcs s’inquiètent des conséquences directes de la crise syrienne pour le pays et redoutent des actions de Daesh sur le territoire. Désormais, ils considèrent que l’AKP est responsable de l’insécurité dans le pays et attendent que les attaques djihadistes sur leur sol soient enrayées et que le conflit kurde cesse », analyse le spécialiste.

Dimanche, plus de 54 millions d’électeurs sont attendus dans les bureaux de vote. La participation au scrutin devrait être très élevée.