Quel sera l'impact de la fin de l’enfant unique en Chine?

NATALITE Cette mesure ne devrait pas permettre à la fécondité d'augmenter significativement...

Delphine Bancaud

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Illustration: un enfant en Chine.
Illustration: un enfant en Chine. — GREG BAKER / AFP

La Chine a tourné une page de son histoire. Elle a annoncé jeudi la fin de la politique controversée de l’enfant unique, vieille de 36 ans. 20 Minutes revient sur les tenants et aboutissants de cette mesure.

Quelles ont été les conséquences de la politique de l’enfant unique ?

Elle a tout d’abord répondu à son objectif de limiter le nombre des naissances « car elle a empêché à environ 300 millions de bébés de voir le jour », précise la démographe et sinologue Isabelle Attané, de l’Institut national des études démographiques, qui publiera en janvier chez Fayard La Chine à bout de souffle. Avec des conséquences graves sur les femmes : « Cette politique a été appliquée avec beaucoup de violence, car des femmes ont fait l’objet d’avortements forcés dans les années 80 et 90 et de stérilisation forcée après la naissance de leur premier enfant », explique Mary-Françoise Renard, responsable de l’Institut de recherche sur l’économie de la Chine à l’université d’Auvergne. Selon Isabelle Attané, « plus de la moitié des femmes chinoises sont aujourd’hui stérilisées ».

Autre problème : les familles chinoises désirant avoir au moins un garçon, beaucoup d’entre elles ont choisi de sélectionner les embryons en fonction de leur sexe, ce qui conduit à un déséquilibre de genre dans la population chinoise. « En 2014, il est né 117 garçons pour 100 filles », explique Isabelle Attané. Enfin, les contrevenants à la loi ont subi de lourdes sanctions : « Des fonctionnaires qui ont eu un deuxième enfant ont perdu leur emploi et les amendes pouvaient s’élever à l’équivalent d’une année de revenus », ajoute la démographe.

Quel a été l’impact de son assouplissement ?

Les règles ont été assouplies en 2000, où l’interdiction du deuxième enfant ne concernait plus que les grandes villes et en 2013, où Pékin a permis aux Chinois d’avoir deux enfants si l’un des deux parents était lui-même enfant unique. « Mais l’on n’a pas constaté de rebond de la natalité en 2014 et 2015, car seulement 10 % des couples éligibles ont eu un deuxième enfant. C’est certainement dû au fait qu’élever un enfant coûte cher en Chine (santé, scolarité…) et les prix de l’immobilier sont aussi élevés », indique Isabelle Attané.

Pourquoi décider de revenir sur cette règle maintenant ?

« Entre 1980 et 2000, la part des 15-59 ans était majoritaire dans la population. Mais la tendance n’est plus la même depuis et le problème de financement des retraites se pose car les actifs ne sont plus assez nombreux », explique Mary-Françoise Renard. « La fin de l’interdiction du deuxième enfant était d’ailleurs réclamée par les démographes et les économistes depuis longtemps. On se demande surtout pourquoi le gouvernement n’a pas pris cette décision plus tôt », ajoute Isabelle Attané.

Quels en seront les effets sur la démographie chinoise ?

« Les conséquences risquent d’être marginales car avec l’assouplissement de 2013, 60 % des Chinois pouvaient déjà avoir un deuxième enfant et ne se sont pas saisis de cette possibilité », analyse Isabelle Attané. Un avis partagé par Mary-Françoise Renard : « La mesure ne fera pas fortement remonter la natalité, mais elle donne l’impression aux Chinois d’être un peu plus libres », estime Mary-Françoise Renard. Autre conséquence probable : les seconds enfants nés pendant la période de l’enfant unique pourraient désormais être reconnus. « C’est probable que le gouvernement leur donne désormais une existence légale », estime ainsi Isabelle Attané.

Il y a peu de chances en revanche que les Chinois arrêtent de sélectionner les embryons en fonction de leur sexe : « Comme beaucoup de couples continueront à ne vouloir qu’un enfant, la plupart d’entre eux voudront toujours avoir un garçon », explique Mary-Françoise Renard. Pour changer la donne, la seule solution pour le gouvernement serait de mettre en œuvre une vraie politique nataliste « prévoyant des crèches, des allocations familiales, des baisses d’impôts pour les familles avec plusieurs enfants », souligne Isabelle Attané. Une perspective qui ne semble pas envisageable prochainement…