Crise syrienne: Comment l'Iran est revenu au cœur de l'arène diplomatique

SYRIE Téhéran est invité pour la première fois à la table des discussions internationales sur le dossier syrien… 

Laure Cometti

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Le président iranien Hassan Rouhani le 29 septembre 2015, à Téhéran.
Le président iranien Hassan Rouhani le 29 septembre 2015, à Téhéran. — Ebrahim Noroozi/AP/SIPA Ville : Tehran

Pour la première fois, l’Iran va participer aux discussions sur la résolution de la crise syrienne. Vendredi, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif sera assis à la même table que les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, la Turquie, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Egypte, le Liban et l’Union européenne. Ces pourparlers marquent le grand retour de Téhéran dans le jeu diplomatique international.

Une initiative américaine ?

La réunion prévue vendredi à Vienne, en Autriche rassemblera le Russe Sergueï Lavrov, l’Américain John Kerry, le Saoudien Adel al-Jubeir, le Turc Feridun Sinirlioglu, le Français Laurent Fabius, le Britannique Philip Hammond, l’Allemand Frank-Walter Steinmeier, le Libanais Gebran Bassil, l’Egyptien Sameh Choukri et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

Cest la première fois que l’Iran sera représenté à une réunion diplomatique internationale sur la Syrie, où la guerre civile a fait plus de 250 000 morts depuis 2011. En 2012, Téhéran n’avait pas participé à la conférence de Genève-1. En 2014, le secrétaire général de lONU Ban Ki-moon avait retiré l’invitation de l’Iran à Genève-2, en raison de lopposition des États-Unis et de l’Arabie saoudite. Mais les Etats-Unis estiment désormais qu’il faut inclure l’Iran à ces pourparlers, malgré le désaccord de Riyad.

« C’est probablement les Etats-Unis qui ont imposé la présence de l’Iran, malgré les réticences saoudiennes », estime Thierry Coville, enseignant chercheur à Novancia et auteur de l’ouvrage Iran : la révolution invisible.

L’impact de l’accord sur le nucléaire

Ce revirement diplomatique intervient moins de trois mois après la signature de l’accord sur le nucléaire iranien, conclu le 14 juillet dernier après douze longues années de négociations. Pour Thierry Coville, « la participation de l’Iran aux pourparlers de Vienne est la suite très claire de l’accord sur le nucléaire. Avant, Washington et Téhéran ne se parlaient pas. L’atmosphère a changé ».

Cet accord acte la limitation du programme nucléaire iranien pendant au moins une décennie. En échange, les sanctions internationales contre le pays ont été levées, permettant un réchauffement des échanges économiques, et désormais diplomatiques.

Un acteur clé pour relancer discussions dans l’impasse

Un autre facteur a pu selon le chercheur motiver l’invitation de l’Iran. « Les dirigeants occidentaux se rendent compte que les négociations sont dans l’impasse depuis plusieurs mois. La stratégie d’isoler l’Iran n’a pas marché », note Thierry Coville. Le porte-parole de John Kerry « a insisté sur la nécessite de réunir tous les protagonistes si l’on veut avancer sur le dossier syrien », selon RFI. Et dans ce dossier, l’Iran est un acteur-clé. « Nous espérons que la Russie et l’Iran et tous les pays qui ont de l’influence, participeront à cet effort », soulignait le secrétaire d’Etat américain en septembre.

Le président iranien Hassan Rouhani et le chef d’Etat russe Vladimir Poutine, le 9 juillet 2015 à Ufa (Russie). - ALEXANDER NEMENOV/POOL/AFP

Les deux pays sont les principaux alliés du régime de Damas. « Pendant la guerre en Irak, la Syrie était le seul pays arabe à soutenir l’Iran, rappelle le chercheur. Pour Téhéran, l’alliance avec la Syrie est stratégique pour soutenir le Hezbollah [mouvement politique chiite libanais], dont la création a été suscitée par l’Iran. Le pays prône aussi le maintien du gouvernement légitime pour éviter l’avancée des groupes terroristes Daesh et Al-Nosra ».

L’Arabie saoudite, sunnite, grand rival régional de l’Iran, chiite, s’oppose ouvertement à cette position. Tandis que Téhéran soutient financièrement et militairement le régime de Damas, l’Arabie saoudite finance les groupes rebelles et participe aux frappes aériennes de la coalition internationale contre Daesh. Deux positions qui risquent d’être difficiles à concilier vendredi à Vienne.