La Turquie renouvelle sa confiance à l'Islam politique

ELECTIONS L'AKP du Premier ministre sortant Erdogan obtient la majorité absolue au Parlement...

avec AFP

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Des partisans du parti du Premier ministre Erdogan fête le succès de l'AKP aux législatives, le 22 juillet 2007.
Des partisans du parti du Premier ministre Erdogan fête le succès de l'AKP aux législatives, le 22 juillet 2007. — Reuters
«La démocratie a gagné. Les électeurs ont reconnu que le gouvernement avait fait de bonnes choses et lui ont donné un nouveau mandat». Les mots de Salih Kapusuz, vice-président de l'AKP, résume le verdict des urnes: la Turquie confirme son goût pour l'Islam politique. L'AKP (Parti de la justice et du développement), au pouvoir depuis cinq ans, arrive largement en tête des législatives de dimanche. Avec 47,6% des voix, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a réussi son pari d'un scrutin anticipé. Celui-ci a appelé dans la soirée à l'unité et s'est engagé à respecter les valeurs républicaines, dont la laïcité. «Soyez rassurés. Nous sommes respectueux des différences de notre société et que nous considérons comme nos richesses».

Légère progression du CHP

Le principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate kémaliste), recueille 20,2% des suffrages, devant le parti de l'action nationaliste (MHP, extrême droite) avec 14,4% des voix. Ce dernier, qui a un discours dur contre l'Union européenne, fait donc son retour au Parlement.

Ce résultat permetterait à l'AKP de remporter la majorité absolue au Parlement qui compte 550 sièges et de former seul le nouveau gouvernement. Les projections faites par la chaîne de télévision estiment que l'AKP détiendrait entre 330 et 345 sièges à l'Assemblée nationale (qui en compte 550 au total). Soit à peu près autant que dans l'assemblée sortante.

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Le chef du Parti démocrate et
ancien ministre Mehmet Agar (centre-droit) a annoncé sa démission dès l'annonce du résultat de sa formation, qui n'a obtenu que 5,6% des voix.

Les partis doivent franchir un seuil des 10% des voix à l'échelon national pour être représentés au Parlement. Aux législatives de 2002, l'AKP du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan avait recueilli 34% des voix (351 députés).

Dès l'ouverture du scrutin, de longues files d'attente s'étaient formés devant les urnes. Le taux de participation, traditionnellement élevé en Turquie, n'était pas immédiatement disponible mais il devrait dépasser les 80%, selon le président du Conseil électoral.

«Un parti classique de centre-droit»

«Le scrutin devrait montrer que l'AKP a réussi son pari de devenir un parti classique de centre-droit malgré cinq ans d'usure du pouvoir», prédisait un diplomate européen. Erdogan avait toutefois été contraint d'avancer les législatives prévues en novembre. En cause, son échec à imposer au Parlement son candidat à la présidence, le chef de la diplomatie Abdullah Gül, ex-figure de la mouvance islamiste.

L'armée, qui a fait tomber quatre gouvernements depuis 1960, avait aussi lancé une mise en garde contre toute atteinte à la laïcité, essence même de la nation fondée en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk et peuplée officiellement à 99% de musulmans. Il n'est cependant pas certain que le scrutin règle la crise qui pourrait resurgir lors de l'élection du président par le nouveau Parlement, si l'AKP refuse de présenter un candidat de compromis.


Retour des Kurdes au Parlement

24 députés kurdes ont été élus dans les provinces de l'est et du sud-est anatolien, peuplés majoritairement de Kurdes, sous l'étiquette d'«indépendants». Ces députés doivent pouvoir former un groupe dans le prochain Parlement.