Les élections polonaises, un avertissement pour l'Europe

MONDE La droite conservatrice et eurosceptique a largement remporté le scrutin législatif dimanche grâce à une campagne qui a fait la part belle au rejet des réfugiés...

Victor Point
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Jaroslaw Kaczynski, leader du PiS, aux côtés de Beata Szydlo, la probable future Première ministre, dimanche 25 octobre après l'annonce de la victoire de leur parti.
Jaroslaw Kaczynski, leader du PiS, aux côtés de Beata Szydlo, la probable future Première ministre, dimanche 25 octobre après l'annonce de la victoire de leur parti. — SIPA

La très catholique Pologne ne semble pas répondre aux injonctions du Pape François  en faveur de l’accueil des réfugiés. Ce dimanche, la droite sociale conservatrice a remporté une victoire éclatante lors des élections législatives. Avec 38 % des voix, le parti Droit et Justice (PiS) a raflé 238 sièges de députés sur les 460 que compte l’assemblée polonaise. La victoire des eurosceptiques surprend par son ampleur : avec la majorité absolue, ils peuvent gouverner seuls.

«Choléra» et «parasites »

Ces élections sont les premières d’une telle importance en Europe depuis le début de la crise des migrants. Un thème qui a parcouru la campagne… et dont le PiS n’a pas manqué de s’emparer. Ainsi a-t-on entendu Jaroslaw Kaczynski parler sans ciller du « choléra qui sévit sur les îles grecques, de la dysenterie à Vienne et de toutes sortes de parasites (…) qui peuvent être dangereux pour les populations locales ». Le président incontesté du PiS, lancé dans une surenchère avec l’extrême droite polonaise, n’a pas manqué non plus de brandir la menace que représentent la Suède et la France où règne… la charia.

« Fractures européennes profondes »

De quoi s’inquiéter pour le Vieux continent ? « Il semble effectivement que la crise de l’arrivée massive de réfugiés qui demandent la protection de l’Europe révèle des fractures profondes entre Européens, explique Christophe Bertossi, directeur du Centre migrations et citonneyetés à l’Ifri (Institut français des relations internationales). L’approche très identitaire de pays comme la Hongrie ou la Pologne semble préfigurer un consensus : les réfugiés ne seraient pas des réfugiés, l’Europe ne serait pas une terre d’asile. »

Les Polonais, entrés dans l’Union européenne il y a onze ans (en même temps que les Hongrois, les Slovènes ou les Slovaques, tous en première ligne aujourd’hui dans la gestion des migrants) font pourtant partie de ceux qui ont le mieux réussi à rebondir après la crise économique de 2007. Le parti libéral Plateforme civique, dont le leader, Donald Tusk, est, depuis le 1er décembre 2014, président du Conseil européen, n’a recueilli que 23 % des votes, soit 135 sièges. Dépassé sur le terrain de la bataille des valeurs, il a donc perdu presque la moitié de son électorat.

La future Première ministre est une modérée

« La campagne en Pologne a montré jusqu’à l’aberration que les principes qui font l’Europe ne pèsent plus lourd », avance Christophe Bertossi. Seule exception notable : la députée PiS Beata Szydlo, probable future Première ministre du pays, s’est montrée beaucoup plus modérée sur ce sujet. C’est sans doute ce qui lui vaut d’être aujourd’hui pressentie pour occuper ce fauteuil où il va falloir qu’elle montre des talents d’équilibriste, entre contentement d’une base réactionnaire et entente avec les instances de l’Union européenne.

« Il n’y a pas d’autre solution qu’européenne pour faire face à cette crise de l’asile, parce que c’est une crise de trop grande dimension pour que des pays seuls puissent y répondre, prévient Christophe Bertossi. En outre, l’Europe s’est construite depuis l’après-guerre comme une terre d’asile et de protection, à l’époque de la Guerre froide ou des crises des réfugiés d’Asie du Sud-Est ou d’Amérique latine. »