Etats-Unis: Le port d'armes, nouvel enjeu de la présidentielle

VIOLENCES Les fusillades ont changé la donne au pays de Clinton et Trump...

N.Beu. avec AFP

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Hillary Clinton s'exprime sur Benghazi devant une commission spéciale du Congrès, le 22 octobre 2015.
Hillary Clinton s'exprime sur Benghazi devant une commission spéciale du Congrès, le 22 octobre 2015. — J.MARTIN/AP/SIPA

Longtemps intouchable, le port d’armes semble enfin devenu un sujet de débat aux Etats-Unis, au point de s’immiscer dans la course à la présidentielle américaine.

Dans sa campagne de 2008 puis en 2012, Barack Obama s’était bien gardé d’aborder ce sujet explosif. Mais depuis, l’eau a coulé sous les ponts, et le sang aussi, au fil de tueries d’innocents qui ont choqué l’opinion publique et exaspéré le président américain. Résultat : le premier débat de la primaire démocrate a accordé une place inattendue à la question.

Clinton contre Trump

Il faut dire que l’actualité récente - un été meurtrier puis une fusillade sur un campus de l’Oregon le 1er octobre - a mobilisé ceux qui exigent au plan national des contrôles d’antécédents judiciaires et psychiatriques avant toute vente d’arme. Hillary Clinton en a fait la pierre angulaire de ses propositions. « Il est temps que le pays entier tienne tête à la NRA », le principal lobby des armes, a-t-elle lancé aux 16 millions de téléspectateurs du débat de Las Vegas. Electoralement parlant, Clinton fait le pari de se poser comme la plus en pointe du combat contre les armes dans le camp démocrate, espérant accroître son avance sur son principal adversaire, Bernie Sanders. Et pour cause : ce dernier semble peu à l’aise sur le sujet, après avoir défendu dans le passé des positions pro-lobby des armes.

L’irruption du sujet des armes dans le débat politique des primaires est paradoxalement bien accueillie par une bonne partie des républicains, convaincus que leurs opposants vont s’y brûler les ailes. La toute-puissante et radicale NRA, qui a la réputation d’avoir dans sa poche de nombreux élus du Congrès, assimile toute proposition de régulation des armes à une attaque contre le sacro-saint deuxième amendement de la Constitution et donc à un « suicide électoral ». C’est peu ou prou la position adoptée par Donald Trump, en tête des sondages de la primaire républicaine, qui a récemment confié se sentir « beaucoup mieux » quand il se promène armé.

Démocrates contre Républicains

Reste que les experts s’accordent sur un déclin inéluctable de la base traditionnelle de soutien de la NRA : des Blancs plutôt âgés, plutôt ruraux et relativement peu éduqués. A l’opposé se développe toute une partie de la population issue de l’immigration -Asiatiques et surtout Hispaniques (17 % actuellement)- majoritairement réticents à la détention d’armes individuelles.

Ce qui est certain, c’est que les candidats marchent sur des œufs. Selon un sondage Gallup publié il y a quelques jours, 56 % des Américains estiment que le pays serait plus sûr si ses citoyens étaient autorisés à porter une arme dissimulée après une vérification du passé criminel et un entraînement. Dans le détail, 82 % des Républicains et 59 % des indépendants y sont favorables, contre seulement 31 % de démocrates.