Nétanyahou et la «solution finale»: «Hitler lui-même démentirait», estime Serge Klarsfeld

INTERVIEW Le Premier ministre israélien a déclaré que le Grand Mufti de Jérusalem était l’inspirateur de la « solution finale »…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

— 

L'historien et chasseur de nazis Serge Klarsfeld.
L'historien et chasseur de nazis Serge Klarsfeld. — Fred Dufour afp.com

« Hitler ne voulait pas exterminer les juifs ». Mardi, lors de son discours devant le 37e congrès sioniste à Jérusalem, le Premier ministre israélien a attribué la responsabilité de la Shoah au Grand Mufti de Jérusalem, l’autorité religieuse musulmane, qui aurait soufflé à Hitler l’idée de la « solution finale ». Benjamin Netanyahou est allé jusqu’à tenter de réciter à son auditoire le dialogue qu’auraient pu avoir les deux hommes. A Hitler, qui selon Netanyahou ne « voulait pas exterminer les Juifs mais les expulser », le Haj Amin al-Husseini aurait répondu : « Si vous les expulsez, ils viendront tous ici », en Palestine. « Et quest-ce que je vais en faire ? », a prêté Netanyahou à Hitler. Selon le Premier ministre israélien, le mufti lui aurait rétorqué « Brûlez-les ». Des allégations qui lui ont valu une pluie de critiques. Serge Klarsfeld, historien et « chasseur de nazis », revient pour 20 Minutes sur les déclarations de Netanyahou.

Que vous inspirent les propos du Premier ministre israélien ?

Les déclarations de Netanyahou sont totalement inexactes et extrêmement regrettables. Cela revient à minimiser le rôle d’Hitler et mettre sur le dos des Arabes la responsabilité de la « solution finale ».

C’est incongru et surtout vraiment absurde de la part du Premier ministre de l’Etat hébreu.

Vous dites que ces déclarations sont inexactes, est-ce à dire qu’il y a une part de vrai ?

Tous les historiens diront que c’est n’importe quoi. Hitler lui-même démentirait s’il le pouvait ! Dans son discours du 30 janvier 1939, il parlait déjà de « l’anéantissement de la race juive en Europe ». Il n’a cessé de le dire et de le préparer.

La « solution finale » était déjà en marche depuis de nombreux mois en Allemagne, en Biélorussie, en Lettonie en Ukraine et en Pologne lorsqu’Hitler a rencontré le Mufti al-Husseini, le 28 novembre 1941. Le massacre de Babi Yar, qui a coûté la vie à 33.771 personnes, avait eu lieu deux mois auparavant. Le Führer n’a pas attendu le Mufti pour cela. Toutefois, il est vrai que, plus tard, al-Husseini a empêché l’émigration en Palestine de juifs d’Europe.

Quelles conséquences les propos de Netanyahou peuvent-ils avoir ?

Ils ont surtout pour effet de montrer sa surprenante inculture historique et sa capacité de distorsion des faits. Il va jusqu’à faire dire : « Brûlez-les » au Mufti, n’hésitant pas à transférer une part de la responsabilité d’Hitler dans la Shoah sur lui. Un descendant d’al-Husseini pourrait porter plainte contre Netanyahou à Jérusalem.

S’il avait tenu ses propos en France, ils ne tomberaient pas sous le coup de la loi Gayssot. Mais sous le coup du ridicule et de l’odieux.