Crash à Sao Paulo : la piste était «très glissante»

BRESIL Un Airbus A-320 s'est écrasé mardi contre un entrepôt...

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Un accident d’avion a fait 200 morts à l'aéroport de Congonhas à Sao Paulo (Brésil), le mardi 17 juillet 2007
Un accident d’avion a fait 200 morts à l'aéroport de Congonhas à Sao Paulo (Brésil), le mardi 17 juillet 2007 — Reuters/Evelson de Freitas-AE

Un Airbus A-320 de la compagnie brésilienne TAM avec 186 personnes à bord s'est écrasé mardi contre un entrepôt situé à l'extérieur de l'aéroport de Congonhas après un atterrissage raté, qui pourrait avoir fait 200 morts. Le quotidien espagnol «20 Minutos» parle lui de 276 victimes. Mercredi matin, «l'aéroport a repris ses opérations, mais seulement sur la piste auxiliaire, la principale étant maintenue fermée», a indiqué à l'AFP le gestionnaire de l’aéroport.

Critiques sur l’aéroport de Congonhas

Selon USAToday, des critiques s’étaient déjà élevées depuis plusieurs années au sujet de l’aéroport de Congonhas, en raison de ses pistes jugées trop courtes pour accueillir de gros avions en cas de temps pluvieux.

La piste principale de l'aéroport Congonhas devait faire l'objet de travaux pour assurer une meilleure évacuation des eaux de pluie, a indiqué l'administration des aéroports Brésilien Infraero. Lundi, à la veille de l'accident tragique, un autre avion, un turbohélice de la compagnie Pantanal avec 21 passagers à bord, avait dérapé sur la même piste avant de s'arrêter sur le gazon, avec deux pneus éclatés.

Quatre dérapages depuis octobre


Entre le 14 mai et le 29 juin, la piste principale de Congonhas avait été fermée pour des travaux destinés à corriger des inégalités de niveau et renouveler les couches usées d'asphlate. Mais la seconde phase des travaux, consistant à tracer des rainures sur toute la piste pour permettre une meilleure évacuation des eaux de pluie devaient commencer en septembre.

Des enregistrements diffusés mardi par TV Globo font entendre un contrôleur aérien avertissant un pilote que la piste était «glissante«. Un autre contrôleur avertit plus tard que la piste «continue à être très glissante».

Depuis le mois d'octobre, on a compté quatre dérapages sur cette piste. Avant les travaux, la piste était fermée pratiquement tous les jours de pluie. En février, après cette série d'incidents, la Justice avait interdit la piste de Congonhas pour les gros porteurs. Mais cette décision avait été levée en appel.

La boîte noire de l’appareil, retrouvée par les secouristes, pourrait permettre de mieux cerner les causes du crash.

Piste détrempée

Si le bilan du crash était confirmé, il s'agirait du plus grave accident de l'histoire aérienne du Brésil. Le vol 3054 de la TAM avait quitté Porto Alegre (sud) à 17h16 (22h16 en France) et a dérapé sur la piste détrempée par deux jours de pluie de l'aéroport de Congonhas, en plein centre de Sao Paulo, à 18h50.

L'avion est sorti de l'aéroport, a traversé une avenue attenante et a heurté de plein fouet un local de TAM Express, filiale de la compagnie aérienne, avant de prendre feu entrainant un gigantesque incendie qui n'était toujours pas maîtrisé aux premières heures de mercredi. Des témoins ont fait état de plusieurs explosions. L'appareil a entièrement disparu à l'intérieur de l'édifice en flammes. Seule la queue de l'avion était visible de l'extérieur.


1.000 degrés


Un témoin, Ialmo Junior Matos, vendeur de matériel électronique, a raconté à l'AFP que «l'avion a accéléré en arrivant au bout de la piste d'atterrissage et a tenté de redécoller, mais c'est alors qu'il est entré dans le bâtiment et a explosé». «Beaucoup de personnes ont sauté par les fenêtres de l'édifice touché. Ca a été terrible», raconte le docteur Douglas Ferrari, un médecin qui a aidé les pompiers à porter les premiers secours aux victimes.

Selon le colonel des pompiers Manuel Antonio de Silva Araújo, il est peu probable qu'il y ait des survivants. Une information confirmée par le gouverneur de l'Etat de Sao Paulo, José Serra. Selon lui, les pompiers estiment que la température a atteint les 1.000 degrés dans l'avion en flammes, ce qui rendra difficile l'identification des corps.

Igor, un dermatologue de 33 ans à Sao Paulo, raconte à 20Minutes.fr : «J’habite à un kilomètre de l’aéroport. J’étais à la maison quand  le crash s’est produit. J’ai vu beaucoup de fumée s’élever au-dessus de l’aéroport. Puis toutes les rues du quartier ont été bloquées. Il n’y avait plus d’électricité, plus de lumière. C’était comme un film, c’était vraiment effrayant. Ici, tout le monde a été vraiment surpris.»

Un total de 103 corps ont été extraits de l'Airbus A-320 et trois autres personnes sont mortes à l'hôpital, a-t-on appris de source officielle mercredi. Seize morts auraient par ailleurs été retrouvés dans les décombres de l'entrepôt. Douze blessés dans l'entrepôt ont été hospitalisés.

Deuil de trois jours

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a décrété un deuil de trois jours et a demandé au commandant de l'armée de l'air, Junito Saito, de se rendre sur les lieux. L'aéroport de Congonhas a été fermé pour les atterrissages et les décollages et les vols prévus ont été transférés vers l'aéroport international de Sao Paolo, à Guarulhos, ainsi qu'à Campinas, à 100 km de Sao Paulo.

Des experts d'Airbus dépêchés sur place

Pour sa part, l'avionneur européen Airbus a annoncé mercredi avoir envoyé cinq experts à Sao Paulo pour participer à l'enquête sur les causes de l'accident. Quatre experts européens vont aussi se joindre à eux. Le constructeur aéronautique rappelle toutefois que «l'enquête demeure sous l'entière responsabilité des autorités compétentes» et qu'«il serait inapproprié de la part d'Airbus de spéculer sur les causes de l'accident».