«Aucune représaille de la part de la Russie ne serait justifiée»

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«Aucune représaille de la part de la Russie ne serait justifiée», a affirmé mardi un porte-parole du Foreign Office à l'AFP, alors que Moscou a annoncé «une réponse ciblée» à l'expulsion de diplomates russes par la Grande-Bretagne.

Riposte différée

Moscou avait le choix entre accentuer ou relâcher la pression... Les Russes ont finalement opté pour la menace voilée, mardi, au lendemain de la décision britannique d’expulser quatre diplomates russes.

La Russie va apporter «une réponse ciblée» à l'expulsion de diplomates russes par le Royaume-Uni. «Notre réaction sera ciblée et adéquate et les autorités britanniques en seront très prochainement officiellement informées», a annoncé mardi le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, dans une déclaration diffusée sur la chaîne Vesti 24. Il n’a néanmoins pas dévoilé quelle en serait la nature.
«Il est clair que la voie choisie par Londres va compliquer si ce n'est rendre impossible la coopération des services de maintien de l'ordre sur les questions qui concernent réellement la sécurité de millions de Britanniques et de Russes,» a-t-il prévenu.

La crise entre les deux pays risque donc de se crisper davantage dans les jours à venir.

Œil pour oeil

Mardi matin, déjà, la plupart des analystes s'attendaient à l'expulsion par Moscou d'un nombre équivalent de diplomates britanniques, voire supérieur. «La réponse pourrait être plus forte et la Russie en expulser un plus grand nombre», note Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue La Russie dans la Politique mondiale, interrogé par l'AFP à Moscou.

Une réaction virulente de Moscou apparaît d'autant plus prévisible que la Russie ne cesse de hausser le ton ces derniers temps dans ses relations avec l'Ouest, que ce soit sur le bouclier antimissile américain, l'extension de l'Otan à ses frontières ou ses relations avec l'UE.

Guerre diplomatique et médiatique

La presse russe suit cette ligne dure. Evoquant une «guerre diplomatique», tous les journaux s'offusquent tous de la suggestion faite par le Foreign Office (ministère britannique des Affaires étrangères) à Moscou d'amender sa constitution pour permettre d'extrader un citoyen russe. «La proposition de la Grande-Bretagne de changer la constitution russe pour l'affaire Litvinenko rappelle la période coloniale», commente ainsi le quotidien des affaires Vedomosti.

La guerre diplomatique vire aussi à la guerre médiatique. Sans surprise, la presse britannique soutient la décision de la Grande-Bretagne d'expulser les diplomates, tout en mettant en garde contre une impasse aux relents de guerre froide. «La confrontation n'est dans l'intérêt de personne. Autoriser des meurtres dans les rues de Londres ne l'est pas plus», souligne le Guardian (centre gauche). Pour sa part, le Daily Telegraph (conservateur) considère la décision britannique comme «une réponse minimale au refus de la Russie» d'extrader Lougovoï. Le journal s'attend à ce que le «gouvernement ne soit pas surpris si des sanctions sont étendues à des sociétés britanniques en Russie».

Le principal suspect de l'assassinat de Litvinenko, Andreï Lougovoï, un ex-membre du KGB reconverti dans les affaires à Moscou, a continué pour sa part à afficher la même décontraction, comme indifférent à la tempête diplomatique autour de sa personne. «En ce qui me concerne, la décision de la Grande-Bretagne n'a aucun effet sur ma vie. J'ai ma famille, mes affaires en Russie et je n'ai aucune intention d'aller où que ce soit, je me sens bien ici», a-t-il déclaré dans une interview publiée mardi dans le quotidien russe Izvestia.