Le Nobel de littérature couronne l'oeuvre «polyphonique» d'Alexievitch

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L'écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch à Minsk le 14 novembre 2014
L'écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch à Minsk le 14 novembre 2014 — Maxim Malinovsky AFP

La Bélarusse Svetlana Alexievitch a remporté jeudi le prix Nobel de littérature, a annoncé l'Académie suédoise, qui a honoré une voix de la dissidence dans un des derniers régimes autoritaires d'Europe.

Journaliste et écrivain, elle a été récompensée pour son «oeuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque», a expliqué le jury.

Svetlana Alexievitch, 67 ans, née Soviétique, est la quatorzième femme à remporter le Nobel depuis sa création en 1901.

«Je viens de lui parler, a confié à la télévision publique SVT la secrétaire perpétuelle de l'Académie suédoise, Sara Danius. Elle n'a dit qu'un mot: Fantastique!»

«C'est un grand écrivain qui a trouvé de nouveaux chemins littéraires», s'est félicitée Mme Danius.

«C'est énorme de recevoir ce prix», a reconnu la lauréate interrogée par téléphone par SVT, fière d'être couronnée par le Nobel qui avait récompensé en 1958 Boris Pasternak.

En pleine guerre froide, ce dernier avait d’abord accepté le prix avant d’être contraint par les autorités de son pays à décliner le prix, note le jury Nobel.

Donnée favorite depuis plusieurs années, Mme Alexievitch est l'auteur de livres poignants sur la catastrophe de Tchernobyl ou la guerre d'Afghanistan, interdits dans son pays qui ne lui pardonne pas le portrait d'un «homo sovieticus» incapable d'être libre.

Beaucoup de ses compatriotes la lisent, même si le régime empêche ses apparitions en public à Minsk où elle passe une partie de l'année.

«Les 30 ou 40 dernières années, elle a passé son temps à cartographier l'individu soviétique et post-soviétique. Mais ce n'est pas vraiment une histoire des événements. C'est une histoire d'émotions», a expliqué à la Fondation Nobel Mme Danius.

- Romans documentaires -

L'annonce de sa récompense a été largement applaudie par le public présent à l'Académie suédoise, qui connaissait son nom car elle était favorite.

Née le 31 mai 1948 dans l'ouest de l'Ukraine dans une famille d'instituteurs de campagne, diplômée de la faculté de journalisme de l'Université de Minsk, elle commence à enregistrer sur son magnétophone les récits de femmes qui ont combattu durant la Seconde Guerre mondiale. Elle en tire son premier roman, en russe comme les suivants, «La Guerre n'a pas un visage de femme».

Depuis, Svetlana Alexievitch utilise toujours la même méthode pour écrire ses romans documentaires, interrogeant pendant des années des gens qui ont vécu une expérience bouleversante.

«Cercueils de zinc», un ouvrage mémorial sur la guerre d'Afghanistan publié en 1990, la rend célèbre.

Son oeuvre, dont «La Supplication, Tchernobyl, chroniques du monde après l'Apocalypse» (1997) est le titre le plus connu, est traduite en plusieurs langues et publiée à travers le monde.

Des spectacles d'après ses livres ont été mis en scène en France et en Allemagne, où elle a reçu en 2013 le prestigieux Prix de la paix à la foire du livre de Francfort.

Première Bélarusse a être récompensée par le Nobel de littérature, elle succède au romancier français Patrick Modiano, primée en 2014, et emporte la récompense de huit millions de couronnes (environ 860.000 euros).

Cette année, le Nobel a couronné la lutte contre les maladies parasitaires en médecine, les recherches sur les neutrinos en physique et des travaux sur l'ADN en chimie.

Doivent encore être annoncés les prix de la paix vendredi et d'économie lundi.