Attentat d'Ankara: Quelles sont les premières pistes de l'enquête?

TURQUIE Un double attentat suicide a fait au moins 97 morts samedi à Ankara...

L.C.

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Un double attentat a tué au moins 97 personnes à Ankara, en Turquie, le 10 octobre 2015.
Un double attentat a tué au moins 97 personnes à Ankara, en Turquie, le 10 octobre 2015. — Burhan Ozbilici/AP/SIPA

Le double attentat suicide perpétré lors d’une manifestation pour la paix organisée par l’opposition prokurde samedi, à Ankara, a fait au moins 97 morts et plus de 500 blessés. En l’absence de revendication, cette attaque, la plus meurtrière jamais commise en Turquie, suscite de nombreuses questions. 20 Minutes fait le point sur les différentes pistes.

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Daesh

C’est le suspect numéro un du gouvernement turc. « Si l’on regarde la manière dont a été commise cette attaque, nous considérons les investigations sur Daesh comme notre priorité », a déclaré ce lundi le Premier ministre Ahmet Davutoglu sur la chaîne d’information NTV. « Nous avons le nom d’une personne qui nous oriente vers une organisation », a-t-il ajouté. Selon l’agence de presse Anatolie, 43 suspects ont été arrêtés dans le pays, notamment à Izmir, Antalya et Sanliurfa, lors d’opérations visant des sympathisants présumés de Daesh.

Le mode opératoire de l’attentat d’Ankara et sa cible rappellent l'explosion qui a tué 27 personnes le 20 juillet à Suruç, près de la frontière syrienne. Dans les deux cas, l'attaque kamikaze a visé des militants kurdes. Il y a trois mois, les autorités avaient identifié l’auteur comme un jeune Turc parti combattre dans les rangs de Daesh en Syrie, et avaient attribué l'attaque au groupe djihadiste.

Selon les journaux Hürriyet et Habertürk, le frère du kamikaze de Suruç pourrait être impliqué dans l’attaque d’Ankara.

Le PKK

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), branche armée du mouvement séparatiste kurde, est également pointé du doigt par le gouvernement. La cible visée - des militants de la cause kurde - permet de douter de cette hypothèse. D’autant plus que le PKK a déclaré samedi une trêve valable jusqu’aux élections du 1er novembre, sauf en cas de légitime défense.

« Ce ne sont pas les modalités opératoires du PKK, qui a mené des actes terroristes, mais plutôt ciblés sur des policiers, des membres de l’armée, et quasiment jamais sur des civils au milieu d’une foule. Deuxièmement, il apparaît que les manifestants qui étaient rassemblés à Ankara sont des militants proches du HDP [le parti kurde] qui est un peu la vitrine légale du PKK », estime Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) interrogé par l’AFP.

Un groupuscule d’extrême-gauche

Le Premier ministre turc n'exclut pas non plus le Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C) de la liste des suspects. Il s’agit d’un mouvement d’extrême gauche radicale qui a commis de nombreux attentats en Turquie dans les années 1970, et plus récemment contre le consulat des Etats-Unis à Istanbul, en août dernier.

D’inspiration marxiste, ce mouvement a toujours visé en priorité des symboles du capitalisme ou de l’Etat et des intérêts étrangers, souvent américains. Si le DHKP-C a souvent recours aux kamikazes, il n’a jamais visé de foules.

Les réseaux ultranationalistes 

Il existe une autre piste selon Jean Marcou, professeur à Sciences-Po Grenoble et spécialiste de la Turquie : « les réseaux ultranationalistes, connus pour avoir mené des opérations violentes, en milieu urbain, notamment dans les années 1970 ».

Des cellules clandestines de l’appareil d’Etat 

Autre hypothèse, évoquée par Didier Billion à l'AFP, « l’Etat profond », c’est-à-dire des « cellules clandestines, cachées dans les rouages de l’appareil d’Etat, notamment au sein de l’armée mais aussi de la police, et dont on sait qu’il a pu commettre des attentats, des opérations de déstabilisation, de façon à tenter de ressouder les rangs autour du pouvoir en place ». Cette piste est privilégiée par les détracteurs du régime, dont le HDP. Son chef de file Selahattin Demirtas a accusé dès samedi un « Etat mafia », « dont la mentalité le pousse à agir comme un tueur en série », accusant également le président turc de nourrir la violence et d’être le « complice » du PKK.