VIDEO. Trekking: Le Népal peine à relancer les randonneurs sur les chemins de Katmandou

TOURISME La chaîne de montagne de l'Himalaya est plus dangereuse depuis le tremblement de terre en raison des répliques sismiques...

William Molinié

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Dans le quartier du Thamel à Katmandou (Népal), les professionnels du tourisme constatent une baisse de la fréquentation malgré l'ouverture de la saison haute.
Dans le quartier du Thamel à Katmandou (Népal), les professionnels du tourisme constatent une baisse de la fréquentation malgré l'ouverture de la saison haute. — William Molinié

De notre envoyé spécial à Katmandou (Népal)…

Rama Shankar estime ses pertes à la fin de l’année de 60 à 70 %. Ce vendeur de matériel de randonnée et de trekking dans le quartier touristique du Thamel à Katmandou avoue avoir du mal à payer ses fournisseurs. « Après le séisme, il y a eu la mousson. Elle a duré jusque fin septembre. Pour les commandes de la saison, j’ai dit aux usines que je les paierai l’année prochaine », explique-t-il.

Outre les répliques sismiques qui accroissent les risques d’éboulement de terrain, le tremblement de terre d’avril dernier a détruit le populaire chemin de trekking de Langtang, faisant naître de graves inquiétudes pour l’avenir du secteur touristique de ce pays himalayen.

Immédiatement après le séisme, les professionnels du tourisme ont fait le plein de fréquentation. « Nous avons eu les humanitaires, les équipes de secours étrangers, les médias qu’il fallait loger. Mais aujourd’hui, je constate une baisse de 30 % des réservations, alors que c’est la haute saison touristique », note Sanjay K.C., propriétaire du Nirvana, une auberge du centre de la capitale.

La crise du fuel aggrave la situation

C’est surtout dans les villages plus reculés qui vivaient quasi essentiellement de l’activité de trekking que la situation est la plus critique. « L’année dernière, nous avions entre 7 et 8 groupes par mois. Aujourd’hui, seuls un ou deux, raconte Laxmi Khanal, à la tête de l’agence Blue Bird Travel, tour-opérateur népalais spécialisé dans la randonnée dans l’Himalaya. Certains villages de départs ont même été désertés par les habitants qui vivaient essentiellement du tourisme. »

La crise du fuel n’a pas arrangé les choses. Seul un tiers des 300 camions-citernes nécessaires au fonctionnement normal du pays rentre quotidiennement par la frontière indienne, bloquée par les populations ethniques du sud du pays qui réclament plus de représentativité dans l’administration publique. « Tous les jours, des groupes annulent leurs réservations. Certaines compagnies aériennes n’assurent plus les vols jusqu’à Katmandou car elles ne peuvent plus faire le plein ici », poursuit Laxmi Khanal.

Les files de voitures à l’arrêt s’allongent sur des centaines de mètres à Katmandou (Népal) à cause de la crise du fuel. - W.M.

Cinq heures de marche par jour

Pour les petits guides indépendants, c’est l’existence même de leur travail qui est en danger. « L’année dernière, je faisais 200 jours de marche par an. Cette année, je n’en ai fait que trois. Et aucun depuis le séisme. Les tour-opérateurs avalent tous les clients. Nous, les free-lances, il ne nous reste personne », regrette Himalaya Upadhaya, l’un d’entre eux.

Du coup, tous les matins, il fait deux heures et demie de marche jusqu’au centre historique de la capitale – pareil le soir au retour – et propose aux touristes une visite de la ville. Moyennant quelques dollars, laissés à la libre appréciation du client. « Je ne mets pas de tarif. Même pour un billet, je le ferai. Il faut bien que je me nourrisse », explique-t-il, désabusé.

Himalaya Upadhaya, un guide indépendant de Katmandou, n’a pas fait un seul jour de trekking depuis le séisme. - W.M.

Le toit du monde à redécouvrir

La chaîne de montagnes est devenue plus dangereuse après le tremblement de terre qui a fait bouger le relief. Le fameux marathon de l’Everest accueille d’ordinaire plus 150 personnes. La semaine dernière, seuls 50 coureurs se sont élancés sur la ligne de départ. Personne, depuis le séisme, n’a réussi à fouler le sommet de l’Everest. Un alpiniste Japonais, qui a déjà perdu neuf doigts dans une tentative d’ascension seul et sans oxygène, a de nouveau annulé son ascension la semaine dernière alors qu’il se trouvait à 8.150m d’altitude.

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« J’ai fait de mon mieux, mais j’ai considéré que je ne serais pas en mesure de revenir en vie si j’allais plus loin en raison des vents forts et des chutes de neige », a-t-il écrit sur Twitter. Du bas de la vallée de Katmandou, on se met alors à espérer. « Peut-être que le trekking reprendra une fois que quelqu’un aura réussi à monter tout là-haut. Ça fera comme un déclic », souffle Bajra, un vendeur d’amulettes.