Attentat d'Ankara: «Cela pourrait bien être le 11-Septembre turc»

TURQUIE Le bilan officiel est d'au moins 95 morts...

M.C. avec AFP

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Un démineur examine une valise abandonnée près du lieu de la double explosion survenue à Ankara le 10 octobre 2015.
Un démineur examine une valise abandonnée près du lieu de la double explosion survenue à Ankara le 10 octobre 2015. — ADEM ALTAN / AFP

La Turquie, frappée par l'attentat le plus meurtrier de son histoire, commence dimanche à enterrer les victimes des explosions qui ont fait au moins 95 morts lors d’une manifestation pour la paix à trois semaines des élections législatives anticipées. Que sait-on de cet attentat, qui n'a pas encore été revendiqué ? 20 Minutes fait le point.

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Que s’est-il passé ?

Samedi, à 10h04 (9h04, heure française), deux violentes explosions ont secoué les alentours de la gare centrale d'Ankara, où des milliers de militants venus de toute la Turquie à l'appel de plusieurs syndicats, d'ONG et partis de gauche se rassemblaient pour dénoncer la reprise du conflit entre Ankara et les rebelles kurdes. Les déflagrations ont transformé l'esplanade, jonchée de corps sans vie, en scène de guerre et provoqué la panique dans la foule.

Quel est le bilan ?

Selon un communiqué des services du Premier ministre Ahmet Davutoglu, le bilan s'élevait samedi en fin de soirée à 95 morts et 246 blessés, dont 48 se trouvaient toujours en soins intensifs dans les hôpitaux d'Ankara. Le Parti démocratique des peuples, une formation prokurde qui avait appelé à la manifestation, a assuré dans la nuit sur son compte Twitter avoir établi un bilan de 128 morts. «Cela pourrait bien être le 11-Septembre turc», estime d'ores et déjà Soner Cagaptay, directeur du programme de recherche sur la Turquie au Washington Institute for Near East Policy, dans le Washington Post. «C'est tout simplement la pire attaque terroriste de l'histoire turque», ajoute-t-il.

Qui sont les auteurs ?

Le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a dénoncé une «attaque haineuse contre notre unité et la paix de notre pays», tandis que son Premier ministre affirmait détenir de «fortes preuves» que l'attentat avait été commis par deux kamikazes. En l'absence de revendication, le chef du gouvernement a pointé du doigt trois mouvements susceptibles, selon lui, d'en être l'auteur: le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le groupe Etat islamique (EI) et le Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C) d'extrême gauche.

Le principal parti prokurde de Turquie, qui appelait à la manifestation, a lui mis en cause le gouvernement. «Nous sommes confrontés à un Etat meurtrier qui s'est transformé en mafia», a réagi le chef de file du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas. Le parti, dont une réunion de campagne avait déjà été visée par un attentat à la bombe deux jours avant les législatives de juin, a pointé du doigt la similitude entre l'attentat d'Ankara et celui du 20 juillet à Suruç, près de la frontière syrienne, attribué à l'EI et où 33 militants de la cause prokurde ont été tués.