Biélorussie: La nouvelle prix Nobel de littérature alerte les Européens contre la «dictature douce»

MONDE Pour Svetlana Alexievitch, il ne faut pas se faire d'illusions sur l'autoritaire président, assuré d'être réélu pour un cinquième mandat dimanche...

M.C. avec AFP
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Svetlana Alexievitch à Minsk, le 16 septembre 2014.
Svetlana Alexievitch à Minsk, le 16 septembre 2014. — Sergei Grits/AP/SIPA

«C'est un "homme soviétique", il ne changera jamais». A la veille d'un scrutin présidentiel couru d'avance, Svetlana Alexievitch, le nouveau prix Nobel de littérature, a mis en garde les Européens contre une levée des sanctions visant l'autoritaire président de la Biélorussie Alexandre Loukachenko, assuré d'être réélu pour un cinquième mandat dimanche. L'écrivaine fait ainsi référence au concept d'«homo sovieticus» qui parcourt son oeuvre, sur la difficulté des pays de l'ancien bloc soviétique à se libérer d'une conception autoritaire de la politique et de la société.

Après 21 ans aux commandes de cette ex-république soviétique nichée entre l'Union européenne et la Russie, l'homme fort du pays veut obtenir un taux de participation convaincant pour cette élection - dont l'opposition a été écartée -, qui sera suivie de près par les Européens, tentés de lever les sanctions le visant ainsi que son entourage.

«Un homme indigne de confiance»

Mais pour Svetlana Alexievitch, tout rapprochement avec celui qui se fait appeler «Batka», le «petit père» de la Biélorussie, serait une erreur d'appréciation. «Tous les quatre ans, de nouveaux responsables européens viennent au pouvoir et pensent pouvoir régler le problème Loukachenko sans savoir qu'il est un homme indigne de confiance», a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse à Berlin.

Le régime Loukachenko a multiplié les gestes d'apaisement, libérant notamment cet été les derniers prisonniers politiques, parmi lesquels l'opposant numéro un Mikola Statkevitch, qui a passé cinq ans en prison. Un «geste» apprécié par les Européens, qui envisagent de suspendre les sanctions prises en 2011 pour protester contre la répression violente qui avait suivi la réélection du président Loukachenko en 2010.

Les candidatures d'opposants rejetées

Pour la prix Nobel de Littérature, les Européens ne doivent toutefois pas se faire d'illusions face à la «dictature douce» d'Alexandre Loukachenko, qui manoeuvre habilement pour se placer comme médiateur entre les 28 et Moscou à la faveur des tensions liées à la crise ukrainienne. Si la décision de lever ou non les sanctions doit être prise d'ici à la fin du mois, les Européens attendent de voir comment se déroule le scrutin dans lequel le président sortant, âgé de 61 ans, affronte trois candidats quasiment inconnus. Ils voudront notamment s'assurer qu'«il n'y a pas de nouvelles arrestations d'opposants, de violence, de persécution de la presse», a expliqué un diplomate à l'AFP.

L'opposition démocratique, dont aucun poids lourd n'a pu se présenter aux élections, leurs candidatures ayant été rejetées par la commission électorale pour différentes raisons, a, elle, appelé au boycott du scrutin.