Migrants: Les dessous du premier transfert de l’Italie vers la Suède

EUROPE Vingt Erythréens vont rejoindre Stockholm vendredi dans le cadre du plan de répartition des demandeurs d’asile...

Nicolas Beunaiche

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Des migrants érythréens à Milan, en Italie, le 11 juin 2015.
Des migrants érythréens à Milan, en Italie, le 11 juin 2015. — AFP PHOTO / OLIVIER MORIN

Un « jour historique » pour l’Europe. Plus de deux semaines après l’accord arraché à Bruxelles sur la répartition de 160.000 demandeurs d’asile dans l’Union européenne, la Commission ne cache pas sa fierté alors qu’a lieu vendredi le premier transfert de migrants, de l’Italie vers la Suède. Vingt Erythréens doivent ainsi prendre l’avion de Rome vers Stockholm aux alentours de 9h30. Comment cette « relocalisation » a-t-elle été préparée ? Eléments de réponse.

Qui a organisé le transfert ?

Outre la Commission, Frontex et diverses agences communautaires ont participé aux préparatifs. Mais pas seulement. « L’Union n’a pas les moyens d’organiser ça », avance le chercheur François Gemenne. De fait, la Suède et l’Italie ont effectué une grande part du travail, bien aidées par des ONG, comme la Croix-Rouge, ainsi que par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. « Même si notre rôle n’est pas défini, nous avons estimé qu’il était important que le mécanisme soit mis en place rapidement, justifie Céline Schmitt, porte-parole du programme onusien. Nous sommes sur place, donc nous sommes en contact avec les autorités et nous les conseillons. » En Italie, la Croix-Rouge s’est également impliquée dans le transfert en prenant en charge 12 des 20 Erythréens concernés, explique Laura Bastianetto, porte-parole de l’organisation. « Nous les avons conduits au commissariat pour remplir des documents administratifs, puis dans notre centre, à Rome, en attendant le vol », ajoute-t-elle. Vendredi, elle pourrait aussi se charger de leur transport jusqu’à l’aéroport.

Qui finance le transfert ?

La Commission a prévu 780 millions d’euros sur deux ans pour financer le programme de relocalisation. Chaque Etat membre, ici la Suède, reçoit 6.000 euros par personne relocalisée, la moitié de cette somme étant versée avant même le transfert, pour donner aux autorités nationales les moyens d’agir rapidement. L’Etat membre qui laisse partir un demandeur d’asile, ici l’Italie, reçoit, quant à lui, 500 euros par tête, afin de couvrir les coûts de transport.

Qui sont ces relocalisés « volontaires » ?

Les vingt Erythréens sont d’abord arrivés en Sicile, avant d’être transférés ensuite vers Rome il y a quelques jours, détaillent le HCR et la Croix-Rouge italienne. La Commission les qualifie de demandeurs d’asile « volontaires ». Ce que François Gemenne veut bien croire. « La Suède, comme l’Allemagne, est la destination rêvée des migrants », rappelle-t-il. Le chercheur a toutefois des doutes sur le processus de sélection des demandeurs d’asile à destination d’autres pays. « C’est l’une des grandes ambiguïtés du plan, explique-t-il. La question va se poser quand il s’agira d’envoyer des gens en République tchèque ou en Roumanie… A ce moment-là, je ne suis pas certain qu’on leur demandera leur avis. »

Pourquoi la Suède ?

Le fait que la Suède soit la première destination de demandeurs d’asile relocalisés n’est pas un hasard. « Le pays applique ce type de mécanisme depuis longtemps, explique François Gemenne. C’est même l’Etat membre qui accueille le plus de migrants en comparaison avec sa population. » Les Erythréens y ont d’ailleurs émigré en nombre, « ce qui doit faciliter l’intégration des nouveaux venus », complète François Gemenne. La Suède fait logiquement figure d’exemple pour la Commission. Son représentant en matière d’Immigration et aux Affaires extérieures, Dimitris Avramopoulos, lui a même adressé un remerciement tout particulier pour « avoir ouvert la marche », tout en se disant « sûr que d’autres Etats membres seront bientôt prêts à assumer leur rôle ».

Qu’est-ce qui les attend sur place ?

A leur arrivée sur le sol suédois, les Erythréens seront accueillis dans des centres de réception des demandeurs d’asile gérés par l’Agence nationale de la migration, précise le HCR. Ils pourront alors faire une demande d’asile, comme le veut la procédure normale. Pas vraiment une formalité. Mais les migrants sélectionnés dans le cadre du plan de relocalisation sont ceux qui ont « de fortes chances » de voir leur dossier accepté, indique la Commission. En moyenne, 75 % des Erythréens, des Irakiens et des Syriens voient leur demande d’asile approuvée, selon ses estimations. Si c’est leur cas, les vingt Erythréens se verront alors accorder le statut de réfugié avec le droit de résider en Suède.