Bavure de Kunduz: Pourquoi MSF veut une enquête indépendante pour «crime de guerre»

AFGHANISTAN La présidente internationale de l'ONG parle d' «assassinats» pour dénoncer les frappes américaines sur un hôpital...

Jane Hitchcock

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Tandis que le chef de la mission de l’Otan en Afghanistan endossait la responsabilité du bombardement de l’hôpital de Kunduz, ici, à Washington, des manifestants se rassemblaient pour dénoncer un crime de guerre.
Tandis que le chef de la mission de l’Otan en Afghanistan endossait la responsabilité du bombardement de l’hôpital de Kunduz, ici, à Washington, des manifestants se rassemblaient pour dénoncer un crime de guerre. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Le chef de la mission de l’Otan en Afghanistan a endossé la responsabilité du bombardement samedi de l’hôpital de Kunduz. Vingt-trois personnes seraient donc mortes « par erreur », d’après le général John Campbell. Malgré cet aveu et en dépit des « profonds regrets » du chef du Pentagone, Médecins sans frontières (MSF) réclame impassiblement une enquête indépendante, affranchie de toute armée. « Même les guerres ont des règles », tempête l’Organisation non gouvernementale (ONG) sur son compte Twitter. Pour MSF, cette « intolérable » attaque américaine a également été opérée « contre les Conventions de Genève », a précisé la présidente internationale Joanne Liu, qui a employé le vocable de « crime de guerre ». Interrogé par 20 Minutes, le Dr Mego Terzian, président de MSF France, estime que la tragédie de samedi relève de l' « incompétence criminelle ». Explications.

Que s’est-il passé ?

Samedi, « entre 2h08 et 3h15 du matin », l’hôpital de MSF « a été bombardé au cours d’une série de raids aériens menés chacun à 15 minutes d’intervalles environ », observe l’ONG sur son site Internet. Quand l’attaque a eu lieu, 185 personnes étaient à l’hôpital. « Treize personnels MSF et dix patients ont été tués », détaille le Dr Terzian, qui a également compté dix-neuf blessés dans son équipe. MSF affirme que les frappes se sont poursuivies « malgré les alertes et le fait que [le personnel] avait fourni les coordonnées GPS de l’hôpital la veille ».

Pourquoi est-ce si grave ?

« Les Conventions de Genève encadrent les règles de la guerre et ont été établies pour protéger les civils en temps de conflits […] C’est précisément parce qu’il est interdit d’attaquer un hôpital en zone de guerre que nous nous attendons à être protégés », a déclaré le Dr Liu. Pour son homologue en France : « Nous estimons qu’attaquer un hôpital est un crime de guerre. Parmi les 23 tués, aucun n’était taliban. Treize de mes collègues sont morts et parmi les dix civils qui ont péri, il y avait trois enfants. Nous réclamons une investigation impartiale et ce, au nom de tous les hôpitaux bombardés ces derniers mois, au Yémen ou en Syrie », demande le Dr Terzian.

Pourquoi les aveux américains ne suffisent-ils pas ?

« Pour être clair, la décision de mener une attaque aérienne était une décision américaine, prise dans la chaîne de commandement américaine », a confessé le chef de la mission de lOtan en Afghanistan, mardi. La veille, il avait provoqué lire de MSF : dans une conférence de presse, le même militaire avait assuré que la frappe avait été demandée par les autorités afghanes, qui soupçonnaient la présence de talibans au sein de l’hôpital. Malgré ces aveux, les doutes demeurent.

Selon le Dr Mego Terzian, ce bombardement « n’était malheureusement pas une erreur ». Pour se justifier, l’armée afghane avait argué que des rebelles talibans se trouvaient à l’intérieur de l’établissement, d’où ils leur tiraient dessus dans le cadre d’âpres combats la semaine dernière pour le contrôle de cette ville stratégique, proche de la frontière du Tadjikistan. Interrogé par l’AFP, un responsable taliban a expliqué que des insurgés se sont bel et bien rendus à l’hôpital mais qu’ils l’ont quitté « 12 heures avant le bombardement ». Le président MSF France « confirme qu’il n’y avait aucun combattant armé à l’hôpital de Kunduz samedi, pas plus qu’il n’y avait eu de tirs avant ».

Que demande MSF ?

Une enquête indépendante, pour que la vérité soit faite et pour que le statut des hôpitaux en zone de guerre soit toujours protégé : c’est précisément ce qu’attend désormais l’organisation humanitaire. Bien que la Commission d’enquête internationale humanitaire soit l’unique mécanisme spécialement établi en 1991 par les 76 Etats signataires pour enquêter, « jusqu’ici, les gouvernements n’ont jamais voulu, ou osé, créer un précédent », en ouvrant une investigation, reconnaît le Dr Liu. Elle refuse l’impunité. Et ne tolère pas que « l’assassinat de personnels soignant et de patients soient qualifiés de dommage collatéral ou relégués d’un revers de la main au rang d’une simple une erreur ».