Violences en Cisjordanie: «Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg»

CONFLIT La mort de plusieurs Israéliens et Palestiniens en l’espace d’une semaine fait craindre une troisième Intifada…

Victor Point

— 

Un jeune Palestinien lors de heurts avec les forces de sécurité israéliennes dans le camp de réfugiés de Shuafat à Jérusalem-Est, le 4 octobre.
Un jeune Palestinien lors de heurts avec les forces de sécurité israéliennes dans le camp de réfugiés de Shuafat à Jérusalem-Est, le 4 octobre. — AFP

Les violences mortelles se multiplient en Cisjordanie. La mort de deux Israéliens, poignardés par un Palestinien, dans la vieille ville de Jérusalem samedi a provoqué de fortes tensions. Ce lundi, un adolescent Palestinien de 13 ans a été tué lors d’échauffourées dans le camp de réfugiés d’Aïda à Bethléem et dimanche, un jeune Palestinien de 18 ans est décédé dans le nord-ouest de la Cisjordanie occupée. Les deux ont été abattus par l’armée israélienne alors que la vieille ville était interdite aux Palestiniens. Le ministère des Affaires étrangères allemand - ainsi que certains journaux - s’inquiète de la possibilité d’une troisième Intifada. Qu’en est-il vraiment ?

  • De quand date le début de ce nouveau cycle de violences ?

« La vague des violences a commencé cet été », rappelle Xavier Guignard, doctorant en Sciences politiques à l’Institut français du Proche-Orient (Ifo), spécialiste de la politique palestinienne. Le 31 juillet, des extrémistes israéliens mettent le feu à une maison palestinienne du village de Douma, en Cisjordanie, brûlant vif un bébé de 18 mois. Son père et sa mère, grièvement brûlés, perdent la vie quelque temps après. Depuis, la tension n’a cessé de monter, de manifestations en répressions.

  • Pourquoi les tensions se concentrent-elles autour de l’esplanade des Mosquées ?

C’est un peu le dernier combat des Palestiniens. L’esplanade des Mosquées, le troisième lieu saint de l’Islam, est aussi le mont du Temple, le lieu le plus sacré du judaïsme. Depuis 1967, un statu quo prévoit que les visiteurs non musulmans ont le droit de se rendre sur l’esplanade, mais pas d’y organiser des prières. Les extrémistes israéliens ne l’entendent pas de cette oreille, et ont profité des fêtes juives récentes de Roch Hachana et de Yom Kippour pour revendiquer le lieu.

« Depuis plusieurs années, il y a une banalisation des thèmes portés par la droite dure dans le débat politique en Israël », explique Xavier Guignard. Ainsi, la reconquête de l’esplanade des Mosquées, une proposition qui valait condamnation il y a peu, est ouvertement évoquée par les extrémistes juifs. Ces derniers souhaitent même détruire l’esplanade et reconstruire le temple de Salomon. Une véritable déclaration de guerre au monde musulman.

En face, les Palestiniens sont coincés par l’ensemble des restrictions (économiques, de déplacement, de liberté). A Jérusalem, la situation paraît particulièrement injuste : « Ils contribuent à environ 30 % du budget municipal, mais ils n’en bénéficient que de 3 %, notamment sous la forme d’investissements dans leurs quartiers. » Une situation qui dure depuis des dizaines d’années, et qui a accentué les ressentiments. Au final, le combat pour l’esplanade apparaît comme une bataille populaire, justifiant les attentats commis par les extrémistes palestiniens.

  • Risque-t-on véritablement la guerre ?

Pas encore, selon Xavier Guignard, qui juge que le terme « Intifada » est utilisé à la légère. Le chercheur précise : « L’appareil sécuritaire de l’Autorité palestinienne est très efficace, et permet d’empêcher l’explosion d’une violence dont on ne voit que la partie émergée de l’iceberg. » Ils n’ont, de plus, aucun intérêt à se lancer dans une guerre, alors que les cicatrices de la dernière sont encore grandes ouvertes. Et c’est la même chose du côté israélien. « Cela les desservirait sur le plan international », ajoute Xavier Guignard.

D’ailleurs, l’absence de condamnation par Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, du meurtre des Israéliens, procède d’un calcul politique pour le chercheur : « La situation est telle, la colère si forte, les rancœurs si importantes, qu’afficher son opposition à ces actes pourrait rapidement le pousser à la porte. Or, c’est le tenant de la ligne de normalisation et s’il tombe, c’est l’inconnu. »