Synode au Vatican: «Le pape sera toujours opposé à l’avortement, au mariage gay et au divorce»

RELIGION Le pape François a rappelé le caractère indissoluble du mariage, qui doit être célébré entre un homme et une femme…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Le pape lors de l'ouverture du synode sur la famille, le 04/10/2015.
Le pape lors de l'ouverture du synode sur la famille, le 04/10/2015. — Alessandra Tarantino/AP/SIPA

La révolution n’est pas au programme. Le pape François a réaffirmé dimanche avec force le dogme catholique sur le caractère indissoluble du mariage, célébré entre un homme et une femme, en ouverture du synode sur la famille qui se tient au Vatican. De quoi doucher les espoirs de Krysztof Olaf Charamsa, ce prêtre polonais, haut dignitaire de la curie qui avait fait son coming out la veille. Bernard Lecomte, écrivain et spécialiste du pape, revient pour 20 Minutes sur les enjeux de ce synode.

Le coming out du prêtre polonais peut-il avoir une influence sur le synode et la position de l’Eglise sur les couples de mêmes sexes ?

Ce membre de la curie s’est offert un coup de com' exceptionnel la veille du synode, mais si c’était pour rappeler qu’il y a des prêtres et des fidèles homosexuels, on le savait déjà. En pratique, il parasite le début du synode mais cela n’aura aucune autre influence sur les discussions qui y sont menées.

Les prêtres catholiques ont commencé à évoluer : en tant qu’acte, l’homosexualité suscite encore l’incompréhension et la réticence, mais en tant qu’individus, les homosexuels sont aujourd’hui accueillis au sein des églises. Le pape François a déjà fait un grand pas en déclarant : « Si une personne est gay, qui suis-je pour la juger ? ». Il peut difficilement aller plus loin. On se dit que le pape fait bouger les lignes, mais à la fin du synode, il sera toujours opposé à l’avortement, au mariage gay et au divorce.

Concrètement, quelle est l’utilité de ce synode sur la famille ?

Il en ressort de nombreuses réflexions qui vont au-delà des préoccupations des catholiques, croyants et occidentaux. Cela permet d’envisager la famille dans une perspective universelle.

Et surtout, le pape François a réintroduit dans l’Eglise la culture du débat, ce qui est fondamental pour qu’elle s’inscrive dans son temps. Quand j’entends deux cardinaux s’engueuler sur la problématique des catholiques divorcés et remariés, c’est le signe que l’Eglise est vivante.

Justement, l’explosion du nombre de catholiques divorcés et remariés est un enjeu majeur de ce synode. Comment le pape peut-il gérer cette problématique ?

Le pape François veut une Eglise bienveillante qui accueille tous les fidèles, pas une Eglise qui juge et condamne. Mais il n’est pas non plus un révolutionnaire qui veut ou peut faire exploser le dogme. Il souhaite que les catholiques divorcés et remariés, qui perdent leur droit de communier et dont la deuxième union n’est pas reconnue par l’Eglise, soient accueillis au sein des églises, mais sans pour autant pulvériser l’institution du mariage, ce qui le place dans une situation inextricable.

Clairement, il ne reviendra pas sur le caractère indissoluble du mariage et n’accordera jamais les sacrements du mariage aux secondes noces, mais deux « pistes » sont envisageables. Il y a celle d’une simplification de l’annulation du mariage – le pape vient d’ailleurs de rendre plus facile et rapide cette procédure. Il pourrait aussi, après un temps de pénitence, accorder à ces divorcés remariés « repentants » le droit de communier à nouveau.

S’il est le seul à avoir le pouvoir de trancher, le pape François va tout de même devoir composer avec les différentes sensibilités du Vatican, notamment conservatrices.