Le leader de la coalition au pouvoir depuis 2011 et premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, en train de voter le 4 octobre à Massama, dans la banlieue de Lisbonne.
Le leader de la coalition au pouvoir depuis 2011 et premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho, en train de voter le 4 octobre à Massama, dans la banlieue de Lisbonne. — M.RIOPA / AFP

MONDE

Elections au Portugal: Un vote sans illusion après quatre années d'austérité

La coalition au pouvoir depuis 2011, emmenée par le Premier ministre Pedro Passos Coelho, est créditée de 37,5 % des intentions de vote, devant le Parti socialiste...

Plus de 9,6 millions d’électeurs sont attendus aux urnes. Après quatre ans d’austérité, les Portugais votent ce dimanche, sans illusion, lors d’élections législatives qui doivent départager la coalition sortante de centre droit, placée en tête dans les sondages, et l’opposition socialiste.

Vers une réélection de l’alliance gouvernementale

Les électeurs semblaient prêts à reconduire l’alliance gouvernementale, qui a sorti le pays du gouffre financier au prix d’une sévère cure d’austérité, sans toutefois lui accorder une nouvelle majorité absolue. « J’ai voté pour ceux qui sont au pouvoir. Aujourd’hui, le pays va un peu mieux », estime Domingos Birra, un retraité de 71 ans, en sortant d’un bureau de vote dans un quartier bourgeois de Lisbonne.

« Rien ne va changer de toute manière, l’austérité continue », a commenté, résigné, Manuel Augusto, 75 ans, qui a donné sa voix au Parti socialiste, dans un quartier populaire de la capitale.

Les socialistes pris de court

La coalition au pouvoir depuis 2011, emmenée par le Premier ministre Pedro Passos Coelho, est créditée de 37,5 % des intentions de vote contre 32,5 % au Parti socialiste, dirigé par Antonio Costa, l’ancien maire de Lisbonne, selon les derniers sondages. « Je suis très calme en attendant le verdict du peuple », a déclaré Pedro Passos Coelho, après avoir voté à Massama, une banlieue populaire de Lisbonne. « Nous avons connu des temps très durs ces quatre dernières années, avec beaucoup de sacrifices. J’ai confiance dans le travail que j’ai fait », a-t-il ajouté.

Inimaginable il y a quelques mois, la remontée de l’alliance entre le Parti social-démocrate (PSD, centre droit) et le CDS (droite) a pris de court les socialistes, favoris dans les sondages depuis l’automne 2012. « La droite a réussi à faire passer le message que le retour au pouvoir des socialistes mènerait le pays à la faillite, comme en 2011 », a commenté le politologue Antonio Costa Pinto.

Le spectre de la troïka

Elu en juin 2011, Pedro Passos Coelho, 51 ans, un centriste libéral, avait pris les rênes d’un pays qui était au bord du défaut de paiement. Son prédécesseur, le socialiste José Socrates, venait de solliciter une aide de 78 milliards d’euros à l’Union Européenne et au Fonds monétaire international (FMI).

En mai 2014, le pays s’est affranchi de la tutelle de la troïka (UE-FMI-BCE) sans demander une rallonge. Aujourd’hui, après une cure de rigueur sans précédent alliant hausses d’impôts et coupes dans les salaires, le pays connaît une reprise économique, certes encore fragile, et le taux de chômage est en baisse.

L’effet Syriza

La crise grecque, suivie à la loupe par les Portugais, devrait, elle aussi, profiter à la coalition de droite, qui n’a pas hésité à assimiler le PS portugais au parti Syriza. Mais la droite est loin d’être assurée d’un mandat clair pour pouvoir gouverner. Faute d’alliés potentiels, un éventuel gouvernement minoritaire de droite serait confronté au Parlement à une majorité de gauche, certes très divisée.

Le candidat socialiste Antonio Costa a pris soin de se démarquer du lourd héritage de José Socrates, présentant un programme économique modéré et promettant d’éviter toute dérive des dépenses publiques. Réputé pour ses qualités de négociateur, il pourrait être tenté, selon les résultats et malgré des divergences idéologiques, de faire front commun avec le Parti communiste et le Bloc de gauche, parti frère de Syriza, qui totalisent 16 à 18 % des voix. « Si le PS perd de peu, il n’est pas exclu qu’il tente de former un gouvernement minoritaire avec le soutien parlementaire de l’extrême gauche », estime le politologue José Antonio Passos Palmeira.

Mais le grand vainqueur de ces élections risque d’être l’abstention, qui a atteint le record de 41,9 % en 2011.