Un an après la guerre, le Sud-Liban panse ses plaies

PROCHE-ORIENT Rien n'a été reconstruit et la peur d'un nouveau conflit est réelle...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Juillet 2007. Dans les faubourgs de Bent Jbeil, au Sud-Liban, es bétonneuses travaillent à plein régime. Ici, l’émirat du Qatar finance toute la reconstruction, à raison de 40.000 dollars par maison, en quatre versements pour vérifier que les gens ne se servent pas de cet argent pour autre chose.
Juillet 2007. Dans les faubourgs de Bent Jbeil, au Sud-Liban, es bétonneuses travaillent à plein régime. Ici, l’émirat du Qatar finance toute la reconstruction, à raison de 40.000 dollars par maison, en quatre versements pour vérifier que les gens ne se servent pas de cet argent pour autre chose. — D.Hury/20minutes

Le 12 juillet 2006, il y a un an, le Hezbollah capturait deux soldats israéliens sur la frontière, entraînant une attaque de l’Etat hébreu contre l’ensemble du Liban. Après 33 jours de guerre, le pays du Cèdre est en ruines: les dégâts sont estimés à 3,5 milliards de dollars. Un an après, le Sud-Liban, où les combats ont été les plus violents, a entamé sa lente reconstruction. Si le gouvernement libanais et le Hezbollah ont déjà mis la main à la poche (environ 310 millions de dollars chacun), ce sont surtout les pays donateurs qui financent les travaux.

A Bent Jbeil, principale ville chiite de la région, c’est le Qatar qui a tout pris en charge. Dans ses faubourgs, les chantiers pullulent, les sacs de ciment s’entassent en plein soleil, et les bétonneuses ronronnent en permanence. Le cœur historique de la ville, lui, n’est encore que ruines. Sur l’un des boulevards, les magasins ont simplement disparu, remplacés par des tas de gravas. Alors les commerçants qui ont perdu leurs locaux improvisent des stands. C’est le cas d’Imad Bazzi, dont les deux boutiques de chaussures ont disparu. Il a donc dressé une tente de fortune, arrimée à sa nouvelle fourgonnette jaune. «J’attends l’autorisation de la municipalité pour reconstruire mes magasins dans la zone commerçante. En attendant, je vends dans la rue, parce que je dois payer l’école des sœurs du village voisin d’Aïn Ebel pour mes trois enfants: leur assurer un avenir est ma priorité.»

Il ne reste plus rien dans ce village

Et la politique ne tarde pas à s’immiscer dans la discussion: «Dans la région, tout le monde soutient le Hezbollah parce qu’il défend la terre libanaise. Mais même après la guerre meurtrière de l’an passé, je suis prêt à vivre en paix avec Israël. Je ne demande qu’une chose: qu’il respecte les frontières libanaises.»

Deux kilomètres plus au sud se dresse une imposante colline, qui sépare Bent Jbeil du nord d’Israël. Fraîchement asphaltée, la route qui mène à son sommet est longée par des trottoirs en cours d’installation. De frêles pins ont même été plantés tous les deux mètres. En haut de cette colline se trouve Maroun el-Ras. Il ne reste quasiment plus rien dans ce village qui comptait 1.000 habitants avant la guerre. Aujourd’hui, son «centre-ville» est constitué d’une mosquée en reconstruction et d’un château d’eau cerclé d’échafaudages.

Crainte d'un fameux «deuxième round»

Durant la guerre de 2006, le village a été complètement rasé. Ici, le silence abyssal n’est rompu que par les bourrasques de vent. Au détour d’un chemin, un petit immeuble gris attire l’attention: au rez-de-chaussée, une vitrine blanche étincelante semble sortir du néant. C’est le salon de coiffure d’Ali Alaouini. A 51 ans, cet homme au regard lourd et à la barbe de trois jours, raconte son histoire avec fatalisme: «Après la guerre, j’ai retrouvé ma maison saccagée. Mais je reste ici car je suis attaché à cette terre. Je dois m’endetter pour payer l’école à huit de mes dix enfants, car je ne veux pas qu’ils payent le prix de ce qui se passe.» Mais Ali ne cache pas ses craintes: «J’ai peur chaque jour car je redoute qu’Israël ne profite de la crise au Liban pour attaquer de nouveau. Je suis sûr que la guerre de 2006 n’est pas la dernière. D’ailleurs, il n’y a toujours pas eu de cessez-le-feu officiel, juste une cessation des hostilités.» Et il n’est pas le seul à craindre ce fameux «deuxième round» dont le gouvernement israélien parlait déjà, dès la fin de la guerre.